Voir clair parmi les mythes courants au sujet du régime alimentaire et des maladies cardiovasculaires

Par Donna Kwan, RD posté dans Pour professionnels
Modifié

basketeggsLe risque de maladie cardiovasculaire est élevé chez les personnes diabétiques. Parmi les changements du mode de vie qui s’imposent pour réduire ce risque, une saine alimentation occupe une place importante. Les idées fausses entourant les maladies cardiovasculaires et les choix alimentaires abondent. Dans cet article, nous allons dissiper cinq mythes qui reviennent souvent.

On ne peut manger des œufs qu’une fois par semaine

FAIT : 
À l’heure actuelle, divers organismes de santé du cœur soutiennent que les œufs peuvent faire partie d’un régime alimentaire sain. La Fondation des maladies du cœur du Canada est d’avis qu’il est bien de manger un œuf une fois de temps en temps, mais pas tous les jours. Dans ses lignes directrices, l’American Heart Association, pour sa part, ne recommande plus de limiter la consommation d’œufs.

D’après une étude effectuée par Kritchevsky,(1) la littérature épidémiologique n’appuie pas l’idée voulant que la consommation d’œufs représente un facteur de risque de maladie coronarienne. Selon une étude épidémiologique à grande échelle à laquelle ont participé plus de 37 000 hommes et plus de 80 000 femmes, il est toutefois possible que les diabétiques qui mangent plus d’œufs soient plus à risque de développer une maladie coronarienne que la population en général.(2) Cette étude a révélé que la consommation d’un œuf par jour entraînait un risque à peu près nul de maladie cardiaque ou d’accident cérébro-vasculaire (ACV) dans la population en général. Chez les hommes diabétiques, toutefois, le risque relatif de maladie coronarienne s’élevait à 1,16 s’ils mangeaient de 2 à 4 œufs par semaine, mais passait à 2,02 s’ils mangeaient un œuf ou plus par jour. Chez les femmes diabétiques, le risque relatif se situait à 1,05 avec la consommation de 2 à 4 œufs par semaine, passant à 1,49 avec la consommation d’un œuf et plus par jour. Bien que ces études ne limitent pas consommation d’œufs à une fois par semaine, elles invitent à la prudence et à éviter de manger un œuf par jour.

La consommation d’œufs suscite des préoccupations parce qu’un œuf contient une bonne quantité de cholestérol. Les recherches ont toutefois démontré que la quantité totale de gras saturés et de gras trans consommée chaque jour provoque une augmentation plus importante du taux de cholestérol sanguin et un risque plus élevé de maladie cardiaque que le cholestérol contenu dans les aliments. Les lignes directrices canadiennes suggèrent que <10 % de l’énergie devrait provenir de gras saturés et de gras trans.(3) Un œuf contient 1,5 gramme de gras saturés et aucun gras trans. Si l’on suit un régime alimentaire de 2 000 kcal, on peut ingérer un maximum de 22 grammes de gras saturés. Si l’on choisit des aliments faibles en gras saturés et en gras trans tels que des fruits et légumes, des grains entiers, des produits laitiers faibles en gras et des viandes maigres ou des substituts de viande, on peut manger des œufs plus souvent qu’une fois par semaine. Il devient alors possible de suggérer aux patients diabétiques de manger des œufs de 2 à 4 fois par semaine.

Toutes les fibres alimentaires aident à réduire le taux de cholestérol

FAIT : 
Il y a deux types de fibres alimentaires : les fibres solubles et les fibres insolubles. Parmi les aliments qui contiennent des fibres solubles, on retrouve l’avoine, le psyllium, l’orge, les légumineuses et les lentilles, et les fruits comme les poires et les pommes. Les aliments composés surtout de fibres insolubles incluent le son de blé, le son de maïs, les petits fruits et des légumes comme les épinards.

De nombreuses études ont démontré les effets bénéfiques que les fibres solubles peuvent avoir sur le risque de maladie cardiovasculaire, si bien que le US Food and Drug Administration est sur le point d’émettre une allégation relative aux effets des fibres solubles sur la santé.(4) Cette allégation indique que les régimes alimentaires faibles en gras saturés et en cholestérol qui incluent également des fibres solubles provenant de certains aliments « pourraient peut-être » réduire le risque de maladie cardiaque.(4) Le Canada ne fait pas de telle allégation relative aux fibres solubles.

Les Lignes directrices de pratique clinique 2003 de l’Association canadienne du diabète pour la prévention et le traitement du diabète au Canada(3) recommandent d’opter pour un régime alimentaire sain qui comprend des grains entiers. Les études recommandent l’ingestion totale de 25 à 35 g/d de fibres, mais ce total devrait inclure les fibres solubles. Une étude à laquelle ont participé des personnes qui mangeaient une plus grande quantité totale de fibres a révélé que ces personnes avaient un taux de cholestérol LDL (à lipoprotéines de faible densité) plus bas, puisque les fibres solubles avaient un effet plus marqué sur la réduction de cholestérol LDL que les fibres insolubles.5 Cette étude a démontré qu’un régime alimentaire riche en fibres incluant 25 g de fibres solubles et 25 g de fibres insolubles avait réduit le taux de cholestérol vLDL (à lipoprotéines de très faible densité) de 12,5 % (P=0,01) et le taux de triglycérides de 10,2 % (P=0,02), comparé à un régime incluant 8 g de fibres solubles et 16 g de fibres insolubles.(5)

PUBLICITÉ

Par conséquent, si une personne mange seulement des fibres insolubles, elle ne retirera pas les effets bénéfiques que les fibres solubles peuvent avoir sur le taux de cholestérol, comme l’a démontré cette étude.

Les noix sont riches en gras et, de ce fait, mauvaises pour la santé

FAIT : 
Oui, il est vrai que les noix sont riches en gras, mais ce sont des gras monoinsaturés et polyinsaturés, des gras sains.

Les études portant sur certains types de noix, notamment les amandes et les noix de Grenoble, ont démontré que ces noix réduisaient considérablement les facteurs de risque de maladie cardiaque comme le taux de cholestérol LDL, le cholestérol LDL:HDL et la lipoprotéinémie.(6,7) Toutefois, rien n’a démontré qu’un type de noix était supérieur à un autre pour réduire le risque de maladie cardiovasculaire. Une revue systématique des études portant sur les noix et leurs effets sur les profils lipidiques chez les humains a révélé que l’ingestion de 50 à 100 g de noix cinq fois par semaine ou plus dans le cadre d’un régime alimentaire bon pour la santé du cœur pourrait réduire considérablement le taux de cholestérol total et le taux de cholestérol LDL.(8) Le contenu total en gras devrait représenter environ 35 % de l’énergie et devrait être constitué principalement de gras monoinsaturés et polyinsaturés. Les auteurs ont fait remarquer que les noix de macadamia avaient toutefois donné des résultats moins convaincants que d’autres noix.

Tous les acides gras trans (gras trans) sont mauvais pour la santé

FAIT : 
Beaucoup d’études relient une plus grande consommation d’acides gras trans avec une lipidémie élevée et un risque de maladie cardiovasculaire.(9) Les gras trans sont toutefois ou bien produits naturellement, ou bien produits industriellement (p. ex. les margarines partiellement hydrogénées) par un processus appelé hydrogénation. La plupart des études, sinon toutes, qui établissent un rapport entre le risque de maladie cardiaque et l’ingestion d’acides gras trans précisent que le problème est créé par les acides gras trans produits industriellement.(9) Les acides grans trans naturels se retrouvent dans de petites quantités de produits laitiers et de produits de bœuf. Jusqu’à maintenant, aucune étude n’a prouvé que les acides gras trans naturels augmentaient le risque de maladie cardiaque.(10,11) De plus, les acides gras trans qui se trouvent naturellement dans les produits laitiers et les produits de bœuf sont partiellement convertis en acides linoléiques conjugués (ALC), une matière grasse dont les effets bénéfiques pour la santé sont actuellement à l’étude.

Par conséquent, les gras trans produits naturellement ne posent aucun risque connu et pourraient même avoir des effets bénéfiques pour la santé, mais les acides gras trans produits industriellement sont à éviter.

Si un produit ne contient aucun gras trans, il bon pour la santé

Beaucoup de produits sont maintenant classés dans la catégorie des aliments n’ayant aucun gras trans. Les étiquettes aident à déterminer la quantité de gras saturés et de gras trans contenue dans ces produits. Le plus souvent, moins il y a de gras trans dans un produit, plus celui-ci est sain. Mais il faut aussi garder certaines choses à l’esprit : les aliments reconnus sur l’étiquette de l’emballage comme n’ayant aucun gras trans peuvent quand même contenir des huiles hydrogénées. Selon les directives de Santé Canada, l’allégation « sans acide gras trans » peut être faite seulement pour les produits qui contiennent moins de 0,2 grammes d’acides gras trans par quantité de référence et par portion, et une faible teneur en acides gras saturés. Donc, si la portion consommée est plus grande que la portion figurant sur l’étiquette, la quantité de gras trans consommée sera, elle aussi, plus grande et les quantités de gras saturés et de calories aussi.

Certains produits contiennent également des sources de gras saturés qui remplacent les gras trans. On sait depuis longtemps que l’ingestion de quantités excessives de gras saturés augmente le risque de maladie cardiaque. Tout produit qui ne contient aucun gras trans mais qui contient, par contre, des gras saturés, demeure un choix moins sain comparé à des aliments comme les fruits et légumes frais.

Références

  1. Kritchevsky SB. A review of scientific research and recommendations regarding eggs. J Am Coll Nutr. 2004 Dec;23(6 Suppl):596S-600S.
  2. Hu FB et al. A Prospective Study of Egg Consumption and Risk of Cardiovascular Disease in Men and Women. JAMA. 1999;281:1387-1394.
  3. Comité d’experts des Lignes directrices de pratique clinique de l’Association canadienne du diabète. Lignes directrices de pratique clinique 2003 de l’Association canadienne du diabète pour la prévention et le traitement du diabète au Canada. Can J Diabetes. 2003:27 (suppl 2).
  4. US Food and Drug Administration. Health Claims: Soluble Fiber From Certain Foods and Risk of Heart Diseases. Publisher: Code of Federal Regulations, location not known. 2001;21:101.81.
  5. Chandalia M et al. Beneficial Effects of High Dietary Fiber Intake in Patients with Type 2 Diabetes Mellitus. N Engl J Med. 2000;342:1392-1398.
  6. Jenkins DJA et al. Dose Response of Almonds on Coronary Heart Disease Risk Factors: Blood Lipids, Oxidized Low-Density Lipoproteins, Lipoprotein(a), Homocysteine, and Pulmonary Nitric Oxide. Circulation. 2002;106:1327-1332.
  7. Ros E et al. A Walnut Diet Improves Endothelial Function in Hypercholesterolemic Subjects. Circulation. 2004;109:1609-1614.
  8. Mukuddem-Petersen J, Oosthuizen W, Jerling JC. A systematic review of the effects of nuts on blood lipid profiles in humans. J Nutr. 2005 Sep;135(9):2082-9.
  9. Mozaffarian D et al. Trans fatty acids and cardiovascular disease. N Engl J Med. 2006 Apr 13;354(15):1601-13.
  10. Stender S & Dyerberg J. (2003) The Influence of trans fatty acids on health. Fourth Edition. A Report from the Danish Nutrition Council. Retrieved May 10, 2006: http://www.meraadet.dk/gfx/uploads/Rapporter_pdf/Trans%20fatty%20acids_4.th%20ed._UK_www.pdf
  11. Tricon S et al. Effects of dairy products naturally enriched with cis-9, trans-11 conjugated linoleic acid on the blood lipid profile in healthy middle-aged men. Am J Clin Nutr. 2006 Apr;83(4):744-53.
  12. Agence canadienne d’inspection des aliments. Guide d’étiquetage et de publicité sur les aliments 2003. Chapitre 7 Allégation concernant la valeur nutritive. Information obtenue le 15 mai 2006 sur le site http://www.inspection.gc.ca/francais/fssa/labeti/guide/tab7f.shtml
Á propos de l'auteur

Donna Kwan currently works as a clinical dietitian within the Diabetes Comprehensive Care Program at St. Michael’s Hospital in Toronto. Donna’s past work experience have included diabetes, lipid and weight management counseling at a private endocrinology clinic where she also was involved in clinical research as a coordinator for almost two years.

Leave A Response