Peut-on maintenir la rémission du diabète? Une nouvelle façon de traiter le diabète de type 2

Par Haysook Choi, BSc.N, RN, CDE posté dans Nouvellement diagnostiqués Pour professionnels
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img_grandadboyNotre équipe de l’Hôpital Mount Sinai à Toronto effectue actuellement un essai clinique visant à préserver le fonctionnement des cellules bêta du pancréas et à produire à la rémission du diabète au moyen d’une insulinothérapie intensive de courte durée. Les participants à cet essai pourront acquérir une meilleure connaissance du diabète et de l’impact que la gestion du mode de vie peut avoir sur la glycémie. Ils recevront du soutien tout au long de l’insulinothérapie pour avoir plus d’assurance et contrer la résistance psychologique à l’insuline, le tout dans le but d’obtenir de meilleurs résultats pour la santé.

L’Insulinothérapie intensive de courte durée pour préserver le fonctionnement des cellules bêta du pancréas

Introduction

Au Canada, plus de 9 millions de personnes, soit près d’une personne sur quatre, vivent avec le diabète ou le prédiabète. Quatre-vingts pour cent des Canadiennes et Canadiens diabétiques mourront d’une maladie cardiovasculaire tandis que les autres présentent un risque élevé de complications et de décès prématuré. En plus de poser des difficultés aux personnes qui en sont atteintes, le diabète impose un fardeau financier très lourd à la société. À l’heure actuelle, le diabète coûte à notre système de santé et à notre économie 11,7 milliards de dollars par année, et coûtera environ 16 milliards de dollars par année à partir de 2020 (1).

Le diabète de type 2 est une maladie chronique complexe qui pose de nombreux défis aux fournisseurs de services de santé et aux patients. L’étude UKPDS (2) a démontré qu’avec le temps, le fonctionnement des cellules bêta du pancréas se détériore progressivement chez les diabétiques de type 2, peu importent le mode de vie ou les interventions pharmacologiques. Cette étude a également montré qu’au moment du diagnostic, les îlots pancréatiques fonctionnaient très peu. À l’heure actuelle, le diabète de type 2 est habituellement géré par étapes, en commençant par des interventions liées au mode de vie, pour ensuite passer à la prise d’agents antihyperglycémiants oraux seuls ou en combinaison, et pour enfin passer à l’insulinothérapie. Les protocoles de gestion actuels ne réussissent malheureusement pas à atteindre et à maintenir les cibles glycémiques nécessaires pour permettre aux personnes diabétiques d’avoir une santé optimale (3, 4, 5). Pour bien des raisons, on accorde la préférence aux agents antihyperglycémiants oraux plutôt qu’aux injections d’insuline, même lorsque l’insulinothérapie constitue clairement le choix de traitement optimal. Notre culture actuelle et l’organisation du système de santé créent ainsi une « résistance psychologique à l’insuline », en ce sens que les patients et les fournisseurs de services ont peur d’entamer l’insulinothérapie (6,  7).

Les données fournies par l’étude UKPDS (2) font ressortir l’importance d’exercer un contrôle métabolique serré pour retarder ou prévenir la progression des complications du diabète de type 2. Les études observationnelles EDIC (suivi de 10 ans de l’essai DCCT) et le suivi de 10  ans de l’étude UKPDS (8) montrent qu’il existe une « mémoire métabolique » et que les effets bénéfiques d’un contrôle métabolique serré exercé dès le départ durent pendant 10 ans même si le contrôle du diabète n’est pas aussi strict pendant la période d’observation. Dans les essais ACCORD (9) et ADVANCE (10), les participants contrôlaient mal leur glycémie au début de l’étude et pour un bon moment, n’avaient probablement pas atteint des cibles optimales avant de participer à l’essai. Cela explique probablement l’absence d’effets bénéfiques au cours de la période du traitement intensif dans chacun de ces deux essais. Les données probantes montrent qu’il est important d’exercer un contrôle glycémique serré et une bonne « mémoire métabolique » pour prévenir et ralentir la progression des complications cardiovasculaires chroniques du diabète.

Histoire naturelle du diabète de type 2

Le diabète de type 2 est une maladie progressive caractérisée par la résistance à l’insuline, la réduction progressive de la masse de cellules bêta et le dysfonctionnement menant à une aggravation de l’hyperglycémie avec le temps. La cause la plus courante de la résistance à l’insuline est l’obésité parce qu’elle empêche les tissus musculaires et adipeux de capter et de métaboliser le glucose en réponse à l’insuline. Les patients qui ont une résistance à l’insuline ne développent pas tous le diabète : chez certains, les cellules bêta compensent en produisant un surplus d’insuline pour répondre aux besoins métaboliques de la personne et comme la résistance à l’insuline est relativement stable dans le diabète de type 2, il est peu probable qu’elle soit la cause de l’aspect progressif du diabète de type 2 sur une longue durée. Le diabète de type 2 se développe plutôt lorsque les cellules bêta sont incapables de compenser adéquatement la résistance à l’insuline, ce qui peut être une conséquence du dysfonctionnement et de la perte des cellules bêta (11).

Nous avons de plus en plus de données probantes indiquant que le fonctionnement des cellules bêta se détériore avant que l’intolérance au glucose et l’hyperglycémie ne deviennent apparentes. Chez bien des personnes diabétiques, il est possible que le dysfonctionnement des cellules bêta soit le problème primaire (11). Par exemple, Retnakaran et ses collègues ont examiné des femmes enceintes, chez qui les cellules pancréatiques sont soumises à un stress supplémentaire extrême parce qu’elles compensent la résistance à l’insuline causée par la grossesse et l’augmentation de la glycémie pour maintenir l’euglycémie. Dans cette étude, les femmes atteintes de diabète gestationnel et celles qui avaient une moins grande tolérance au glucose présentaient une diminution du fonctionnement des cellules bêta dans la première année du postpartum même si les taux de dysglycémie étaient demeurés stables dans les 3 à 12 mois du postpartum. Par conséquent, le dysfonctionnement des cellules bêta progresse au cours des premières étapes du postpartum chez les femmes qui ont des antécédents de dysglycémie gestationnelle et constitue vraisemblablement un facteur pathophysiologique qui contribue au développement du diabète de type 2. Cette étude a présenté une occasion unique d’identifier une population de patientes chez qui le dysfonctionnement des cellules bêta évolue avant l’apparition du diabète ou du prédiabète.

Selon Weir (13), l’évolution du dysfonctionnement des cellules bêta dans la progression vers le diabète de type 2 comporte 5 étapes. L’étape 1 est celle de la compensation assurée par les cellules bêta : la sécrétion d’insuline augmente pour maintenir la normoglycémie afin de compenser l’intolérance au glucose résultant de l’obésité, de l’inactivité physique et de la prédisposition génétique. À cette étape, la masse de cellules bêta est normale ou plus grande, et la sécrétion d’insuline est maintenue. L’étape 2 est celle de l’adaptation des cellules bêta stables : la glycémie commence à augmenter en raison de la perte de la masse de cellules bêta et du dérèglement du fonctionnement des cellules bêta. La sécrétion aiguë d’insuline stimulée par le glucose est diminuée si la glycémie à jeun est >5,6 mmol/L, et complètement perdue dès que la glycémie à jeun atteint 6,4 mmol/L. Au cours de l’étape 2, la sécrétion d’insuline est préservée en partie. La réduction de la sécrétion d’insuline avant les repas au cours de la première étape et la diminution de la sécrétion d’insuline prandiale de la deuxième étape comptent parmi les tout premiers signes du dysfonctionnement des cellules bêta et de l’intolérance au glucose. Dans le programme de prévention du diabète, environ 11 % par année de personnes dans la marge supérieure de l’étape 2 qui avaient une intolérance au glucose sont passées au diabète de type 2 tandis que seulement 5 % de celles qui avaient suivi un régime alimentaire et un programme d’exercice ont progressé vers la maladie. L’étape 3 est caractérisée par une décompensation précoce instable et transitoire : la glycémie augmente rapidement pour atteindre les cibles diabétiques de l’étape 4. L’augmentation de la concentration de glucose  aggrave les effets de la glucotoxicité sur les cellules bêta, rendant la sécrétion d’insuline moins efficace. L’étape 4 est celle de la décompensation stable : la masse de cellules bêta diminue, le dysfonctionnement des cellules bêta s’intensifie et la glycémie augmente rapidement. Le diabète de type 2 est noté ici. L’étape 5 correspond à une décompensation sévère : elle se caractérise par une forte réduction de la masse de cellules bêta, par leur incapacité de fonctionner, par la progression vers la cétose et par des taux de glycémie atteignant typiquement >22 mmol/L. À cette étape, on note le diabète de type 1, la cétose ou la pancréatite très grave. Le passage d’une étape à l’autre peut se faire dans les deux sens. Par exemple, les personnes atteintes de diabète de type 2 peuvent passer de l’étape 4 à l’étape 1 ou 2, comme cela arrive chez les diabétiques de type 2 qui subissent une intervention chirurgicale de restriction gastrique. Même le traitement par le régime alimentaire, l’exercice et les antihyperglycémiants oraux peut faire passer les patients à l’étape 2. Pour empêcher le diabète de type 2 de progresser d’une étape à la suivante, il faut réduire au maximum la perte de cellules bêta et préserver le fonctionnement restant de ces cellules.

Plusieurs facteurs héréditaires et environnementaux interviennent dans la perte progressive du fonctionnement des cellules bêta chez les diabétiques de type 2. Dans l’étude de Tibaldi (11), les facteurs acquis, tels que la glucotixicité résultant de l’exposition chronique à l’hyperglycémie, peuvent provoquer l’apoptose parce que la glucotoxité cause une diminution continue du fonctionnement des cellules bêta. En présence de glucotoxicité, la sécrétion d’insuline est réduite lorsque la glycémie se situe à ≥5,6 et cesse complètement lorsque la glycémie atteint 6,4 mmol/L. L’état de glucotoxicité est toutefois réversible (14). Un autre facteur est la lipotoxicité causée par la circulation d’une plus grande quantité d’acides gras libres et par la dyslipidemie que l’on retrouve couramment chez les patients diabétiques, et surtout chez les personnes obèses ayant de la graisse abdominale. Chez les personnes en santé, un niveau élevé d’acides gras libres augmente la résistance à l’insuline et provoque une plus grande sécrétion d’insuline. Toutefois, lorsque les niveaux d’acides gras libres et d’hyperglycémie chronique persistent, ils peuvent nuire progressivement au bon fonctionnement des cellules bêta (lipotoxicité des cellules bêta) chez les patients diabétiques ou les personnes ayant une prédisposition au diabète. Le stress oxydatif et l’inflammation pancréatique provoqués par l’hyperglycémie contribuent aussi, en toute probabilité, au dysfonctionnement des cellules bêta. Certains médicaments comme les sulfonylurées et les glucocorticoïdes favorisent également la progression du dysfonctionnement et même la mort des cellules bêta.

Retnakaran (14) et Tibaldi (11) notent tous deux que le traitement de l’hyperglycémie par  l’insuline peut réduire la glucotoxicité et la lipotoxicité, dont les effets négatifs sur le fonctionnement des cellules bêta sont connus, et peut exercer un effet antiapoptotique. Le moment choisi pour commencer l’insulinothérapie constitue un facteur important pour améliorer le fonctionnement des cellules bêta : l’insulinothérapie entamée tôt semble retarder la progression du dysfonctionnement des cellules bêta. Par conséquent, il pourrait y avoir un moment propice pour que l’insulinothérapie intensive parvienne à ralentir ou à prévenir la progression vers le diabète de type 2.

Effet de l’insulinothérapie intensive de courte durée sur le fonctionnement des cellules bêta

Les études montrent que l’insulinothérapie intensive de courte durée, lorsqu’elle est entamée au début du diabète de type 2, peut déclencher la rémission glycémique et les patients peuvent maintenir une glycémie normale sans aucun agent antihyperglycémiant. Weng et ses collègues (15) ont suivi 382 patients choisis au hasard pour former un groupe de l’insulinothérapie sous-cutanée continue (ISCC), un groupe des multiples injections quotidiennes (MIQ) et un groupe des agents oraux antihyperglycémiants oraux (AAO). Les critères d’évaluation principaux étaient le moment où la rémission glycémique a eu lieu et le taux de rémission un an après l’insulinothérapie intensive de courte durée. Aucun épisode grave d’hypoglycémie n’est survenu. Les participants traités à l’insuline ont, en plus grand nombre, atteint les cibles de contrôle glycémique (97 % dans le groupe ISCC et 95 % dans le groupe MIQ) en moins de temps (4,0 jours dans le premier groupe et 5,6 jours dans le second) que ceux du groupe AAO (85 % et 9,3 jours). Les taux de rémission après un an étaient considérablement plus élevés dans les groupes traités à l’insuline (51,1 % dans le groupe ISCC et 44,9 % dans le groupe MIQ) que dans le groupe AAO (26,7 %). Dans l’ensemble, le fonctionnement des cellules bêta s’est beaucoup amélioré après des interventions intensives dans les 3 groupes, mais la qualité de la sécrétion des cellules bêta s’est améliorée de façon marquée dans les groupes traités à l’insuline (médiane de 8,7 % dans le groupe ISCC et de 10,8 % dans le groupe MIQ), par comparaison avec le groupe AAO (4,1 %). Cela suggère que l’insulinothérapie diminue la stimulation excessive des cellules bêta. De plus, la diminution de la résistance à l’insuline et l’amélioration du profil lipidique sans la prise d’agents régulateurs de la lipidémie indiquent que la glucotoxicité a diminué. Tous les groupes de traitement ont atteint des taux élevés d’euglycémie au début, mais après un an, le groupe de l’insulinothérapie a présenté des taux  considérablement plus élevés de rémission et de préservation de sécrétion d’insuline de l’étape 1. Cela suggère que le repos plus profond des cellules bêta favorisé par l’insulinothérapie intensive de courte durée fait plus que simplement abaisser la glycémie : ce repos pourrait avoir d’autres effets positifs tels que des effets anti-inflammatoires et anti-apoptiques. Par conséquent, l’insulinothérapie intensive de courte durée, si on la compare à la prise d’agents antihyperglycémiants oraux, peut donner aux cellules bêta un repos plus bénéfique et réduire la demande excessive de sécrétion d’insuline imposée aux cellules bêta endommagées en agissant sur la mémoire métabolique et en retardant la progression des anomalies métaboliques vers les altérations cellulaires irréversibles. Ces effets peuvent modifier les antécédents naturels du diabète et prévenir ou réduire le développement et la progression des complications du diabète.

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L’Hôpital Mount Sinai a mené une étude pilote à laquelle ont participé 34 personnes atteintes de  diabète de type 2 durait depuis une période médiane de 5,9 ans. Ces personnes ont reçu une insulinothérapie intensive pendant 4 à 8 semaines et ont été soumises à une épreuve prandiale aux 4 heures administrée au début de l’étude et un jour après l’insulinothérapie intensive. L’étude définissait un résultat clinique positif comme une glycémie à jeun de <7.0 mmol/L sans aucune prise d’agents antidiabétiques à la dernière épreuve. De tous les participants, 68 % (n=23) ont obtenu un résultat positif. Les chercheurs ont conclu que la réponse à l’insulinothérapie intensive de courte durée varie, ce qui correspond à l’hétérogénéité du diabète de type 2. Les participants chez qui l’insulinothérapie intensive de courte durée a produit un résultat positif avaient des taux de peptides C plus élevés au début de l’étude et une glycémie plus basse aux étapes plus avancées de l’épreuve prandiale (180-240 minutes) que les autres participants. Cette observation indique que l’insuline a été sécrétée au cours de la phase plus tardive et représente le facteur de prédiction le plus solide de l’amélioration du fonctionnement des cellules bêta après l’insulinothérapie intensive de courte durée (16).

Les études démontrent que le degré d’amélioration attribuable à l’insulinothérapie intensive de courte durée varie d’un patient à l’autre. Kramer et ses collègues (17) de l’Hôpital Mount Sinai ont cherché à caractériser les déterminants de l’amélioration du fonctionnement des cellules bêta résultant de l’insulinothérapie intensive de courte durée administrée aux premiers stades du diabète de type 2. Soixante-trois patients qui avaient le diabète de type 2 depuis une durée médiane de 3,0 ans ont obtenu une insulinothérapie intensive de courte durée pendant 4 semaines ainsi qu’un test oral de tolérance au glucose de 75 mg au début de l’étude et un jour après l’insulinothérapie. Aucun épisode d’hypoglycémie sévère n’a été déclaré. Dans l’ensemble, dans la population de l’étude, le fonctionnement des cellules bêta a augmenté, et pour le tiers des participants, il a augmenté d’au moins ≥ 25 %. Ces participants ont également connu une plus grande réduction de la glycémie à jeun, de l’HbA1c, de l’alanine aminotransférase, de l’aspartate aminotransférase et de la résistance à l’insuline. Au début de l’étude, le tiers des participants dont le fonctionnement des cellules bêta s’était le plus amélioré avaient une glycémie à jeun plus élevée, une HbA1c plus élevée et un moins bon fonctionnement des cellules bêta. Leur moins bon contrôle glycémique au début de l’étude peut signifier que les effets de la glucotoxicité étaient plus prononcés et que l’insulinothérapie intensive de courte durée a amélioré davantage le fonctionnement des cellules bêta. Après des analyses plus poussées, le dysfonctionnement des cellules bêta a été renversé seulement chez les participants chez qui l’insulinothérapie intensive de courte durée a permis d’améliorer la résistance à l’insuline. Par conséquent, la diminution de la résistance à l’insuline est un déterminant clé de l’amélioration du fonctionnement des cellules bêta résultant de l’insulinothérapie intensive de courte durée, ce qui suggère que la résistance à l’insuline apporte une contribution fondamentale à la réversibilité du dysfonctionnement des cellules bêta au début du diabète de type 2. Cela permettra d’identifier les patients les plus susceptibles de répondre à l’insulinothérapie intensive de courte durée ainsi que la pathophysiologie qui sous-tend cet effet.

L’Hôpital Mount Sinai de Toronto a effectué deux études sur l’insulinothérapie intensive de courte durée administrée au début du diabète de type 2 soit par perfusion sous-cutanée continue, soit par de multiples injections quotidiennes. Cette stratégie de traitement avait pour but de produire une « rémission glycémique » permettant aux patients de maintenir une glycémie normale sans prise de médicaments antihyperglycémiants à la suite de l’insulinothérapie intensive de courte durée. Dans l’étude de Retnakaran et de ses collègues (14), la vaste majorité des patients nouvellement diagnostiqués ont connu une « rémission glycémique » (80 à 97 %). L’euglycémie a également duré pendant un an chez environ 40 % des participants à ces études et s’est poursuivie jusqu’à deux ans ou plus dans certains cas. Il n’y a eu aucun épisode d’hypoglycémie sévère. Dans l’ensemble, ces études cliniques ont démontré que l’insulinothérapie intensive de courte durée peut avoir des effets de longue durée sur le contrôle glycémique chez les patients ayant un diagnostic récent de diabète de type 2. Dans les métaanalyses de Kramer et de ses collègues (18), l’insulinothérapie de courte durée chez les patients ayant un diagnostic récent de diabète de type 2 est associée avec une amélioration du fonctionnement des cellules bêta et de la résistance à l’insuline. Le pourcentage de participants qui ont connu une rémission de longue durée sans prise de médicaments s’élève à 66,2 % au suivi de 3 mois, à 58,9 % au suivi de 6 mois, à 46,3 % au suivi de 12 mois et à 42,1 % au suivi de 24 mois. La rémission glycémique se caractérise par une augmentation de l’IMC et une diminution de la glycémie plasmatique à jeun ainsi que par une glycémie plasmatique à jeun basse après l’insulinothérapie intensive de courte durée et après l’épreuve de tolérance au glucose. Les facteurs présents au début de l’étude qui sont considérés comme des prédicteurs de rémission indiquent que le fonctionnement sous-jacent des cellules bêta résiduelles est possiblement plus élevé (p. ex. après l’élimination des effets glucotoxiques de l’hyperglycémie). L’IMC élevé est peut-être un marqueur de l’augmentation de la masse de cellules bêta disponible pour assurer la rémission, les résultats d’études postmortem  indiquant que l’obésité augmente la masse de cellules bêta chez les diabétiques et les non-diabétiques.

Prédicteurs de la réponse à l’insulinothérapie intensive de courte durée

Les études cliniques démontrent que l’insulinothérapie intensive de courte durée améliore le fonctionnement des cellules bêta et qu’il est possible de maintenir l’euglycémie pendant longtemps après le traitement. Ces effets ne sont toutefois pas permanents et avec le temps, la glycémie augmente à nouveau. La réponse au traitement varie d’un patient à l’autre, comme en témoigne la variation de la durée de l’euglycémie après l’insulinothérapie intensive de courte durée. Selon Retnakaran et ses collègues (14), les facteurs de prédiction d’une réponse positive à l’insulinothérapie intensive de courte durée se divisent en trois groupes établis selon le moment choisi. 1. Les prédicteurs au début du traitement : le meilleur contrôle de la glycémie, le taux de sécrétion d’insuline plus élevé en phase tardive et la durée plus courte du diabète montrent tous que les cellules bêta résiduelles fonctionnent mieux. De plus, un IMC et une résistance à l’insuline plus élevés indiquent que les cellules bêta sont soumises à un plus grand stress de sécrétion (plutôt qu’une simple déficience), ce qui mène au développement du diabète de type 2 même si le fonctionnement des cellules bêta résiduelles est plus grand par comparaison avec les diabétiques de type 2 qui ne sont pas obèses. 2. Facteurs qui émergent pendant le traitement : l’atteinte plus rapide des cibles glycémiques et le besoin moins grand d’insuline exogène. Ces facteurs indiquent que les cellules bêta recouvrent un meilleur fonctionnement sous-jacent. 3. Facteurs apparents immédiatement après le traitement : l’amélioration du fonctionnement des cellules bêta, par comparaison avec le début de l’étude, est un facteur de prédiction de la réponse à l’insulinothérapie intensive de courte durée, comme l’ont indiqué les études précédentes

L’importance du fonctionnement sous-jacent des cellules bêta résiduelles observé dans les études sur l’insulinothérapie intensive de courte durée est démontrée premièrement par les patients qui répondent de manière positive au traitement (c’est-à-dire ceux qui atteignent l’euglycémie). Ceux-ci avaient besoin d’une moins grande quantité d’insuline exogène que leurs pairs pendant l’insulinothérapie intensive de courte durée, ce qui suggère que ce groupe présentait une plus grande sécrétion d’insuline endogène. Deuxièmement, lorsque l’insulinothérapie intensive de courte durée est administrée au début du diabète de type 2, il y a très peu d’hypoglycémie même en ciblant un contrôle glycémique près de la normale. Ces résultats sont très différents de ceux que l’on obtient habituellement dans les milieux de pratique clinique, où le risque d’hypoglycémie augmente à l’approche de la normoglycémie lorsque l’insulinothérapie est entamée plus tard dans l’évolution du diabète. Ce résultat est probablement attribuable au fait que seules les cellules bêta sont capables de réguler avec précision la sécrétion d’insuline pour atteindre un contrôle glycémique normal sans hypoglycémie (14).

La nouvelle façon de traiter le diabète de type 2 en recherche clinique

Pour éviter une déficience accrue des cellules bêta, les complications de l’hyperglycémie et le fardeau du diabète de type 2, il est souhaitable de maintenir le fonctionnement des cellules bêta aussi longtemps que possible après le diagnostic de diabète. Les études ont démontré que l’insulinothérapie intensive de courte durée administrée au début du diabète de type 2 peut accroître la sensibilité à l’insuline dans les muscles squelettiques et le foie, et ses effets peuvent se manifester par la suppression de la glucogénèse hépatique, une réduction de la graisse hépatique, une amélioration du fonctionnement des cellules bêta et une diminution de la résistance à l’insuline. Par conséquent, l’insulinothérapie doit être entamée au début du diabète de type 2, pendant qu’il reste une masse suffisante de cellules bêta dont le fonctionnement peut être amélioré et pendant que la glycotoxicité et la lipotoxicité sont réversibles.

Les études ont démontré que l’administration de l’insulinothérapie intensive de courte durée au début du diabète de type 2 est sécuritaire et comporte un risque très faible d’hypoglycémie. Contrairement à la perception populaire des patients et des fournisseurs de services, l’insulinothérapie intensive de courte durée peut améliorer considérablement la qualité de vie et la satisfaction du traitement, qui démontrent que le patient répond bien au traitement. À l’Hôpital Mount Sinai, Opsteen et ses collègues ont noté une amélioration importante du fonctionnement physique, de la santé générale, de la santé mentale générale, de la perception de la santé, de la crainte du diabète et de la satisfaction du traitement (19). Les études ont également démontré que l’euglycémie atteinte après l’insulinothérapie intensive de courte durée au début du diabète de type 2 est temporaire et les taux de glycémie augmentent plus tard. Sachant qu’il existe une « mémoire métabolique », nos avons une raison de plus de vouloir rétablir le contrôle de la glycémie tôt, avant qu’il y ait une perte de la masse de cellules bêta et de leur fonctionnement.

Peut-on maintenir la « rémission du diabète »? 

Une nouvelle façon de traiter le diabète de type 2

Recrutement de participants

Nous sommes à la recherche de participants à une étude visant à déterminer s’il est possible de préserver et de maintenir le fonctionnement des cellules bêta du pancréas pendant plus longtemps et de modifier l’évolution naturelle du diabète de type 2. Critères d’admissibilité : avoir le diabète de type 2 depuis une période de 0 à 5 ans, et être traité par la metformine seulement ou par le mode de vie.

Renseignements : hchoi@mtsinai.on.ca

Références

  1. ACD. La prévalence et les coûts du diabète. www.diabetes.ca/documents/about-diabetes/PrevalanceandCostFR_09.pdf 2012.
  2. UK Prospective Diabetes Study (UKPD) Group. Intensive blood-glucose control with sulfonylurea or insulin compared with conventional treatment and risk of complications in patients with type 2 diabetes (UKPDS 33). Lancet 1998; 352:837-54
  3. Leahy JL, Hirsch IB, et al. Targeting β-cell function early in the course of therapy for type 2 diabetes mellitus. Journal of clinical endo & metab. 2010; 95 (9):4206-16.
  4. Harris SB, Worrall G, et al. Diabetes Management in Canada:  Baseline results of the Group Practice Diabetes Management Study. CJD 200; 30 (2): 131-137.
  5. Harris SB, Ekoe J, et al. Glycemic control and morbidity in the Canadian primary care setting (results of the diabetes in Canada evaluation study). Diabetes Research and clinical practice 2005; 70: 90-97  
  6. Polonsky W and Jackson, R. What’s so tough about taking insulin?  Addressing the problem of psychological insulin resistance in type 2 diabetes. Clinical Diabetes 2004; 22: 147-150
  7. Peragallo-Dittko V. Removing Barriers to insulin therapy. The Diabetes educator 2007; 33 (S3): 60-65.
  8. Holman RR, Paul SK, et al. 10-year follow-up of intensive glucose control in type 2 diabetes. NEJM 2008; 359:1577-89
  9. Gerstein HC, Miller ME, Byington RP, et al. Effects of intensive glucose lowering in type 2 diabetes. NEJM 2008; 358: 2545-59
  10. Patel A, MacMahon S, Chalmers J, et al. Intensive blood glucose control and vascular outcomes in patients with type 2 diabetes. NEJM 2008; 358: 2560-72
  11. Tibaldi J. Preserving insulin secretion in type 2 diabetes mellitus. Expert Rev. Endocrinol Metab. 2008; 3 (2): 147-159
  12. Retnakaran R, Ying Q, et al. Beta-cell function declines within the first year postpartum in women with recent glucose intolerance in pregnancy. Diabetes Care 2010 August; 33 (8): 1798-1804
  13. Weir GC, Bonner-Weir S. Five stages of evolving beta-cell dysfunction during progression of diabetes. Diabetes 2004: 53 (3): S16-S21
  14. Retnakaran R, Zinman B. Short-term intensified insulin treatment in type 2 diabetes: long-term effects on ß-cell function. Diabetes, obesity and metabolism 2012; 14(3):161-66
  15. Weng J, Li Y et al. Effect of intensive insulin therapy on β–cell function and glycaemic control in patients with newly diagnosed type 2 diabetes: a multicentre randomized parallel-group trial. Lancet 2008;371:1753-60
  16. Retnakaran R, Yakybovich N, et al. The response to short-term intensive insulin therapy in type 2 diabetes. Diabetes, obesity and metabolism 2010; 12: 65-71
  17. Kramer KC, Choi H, et al. Determinants of reversibility of beta-cell dysfunction in response to short-term intensive insulin therapy in patients with early type 2 diabetes. American journal of physiology-endocrinology and metabolism. 2013; published online vol no. D01: 10.1152/ajpendo.00447.2013
  18. Kramer CK, Zinman B, Retnakaran R. Short-term intensive insulin therapy in type 2 diabetes mellitus: a systemic review and meta-analysis. www.thelancet.com/diabetes-endocrinology. Published online January 30, 2013.
  19. Opsteen C, Qi Y, et al. Effect of short-term intensive insulin therapy on quality of life in type 2 diabetes. Journal of evaluation in clinical practice 2012; 18:256-261.   
Á propos de l'auteur

Infirmière inscrite ayant dix-neuf ans d’expérience comme éducatrice en diabétologie, Haysook Choi, BScN, RN, CDE, se consacre depuis neuf ans à la recherche clinique sur le diabète. Mme Choi a obtenu à l’Université Ryerson de Toronto un baccalauréat ès sciences en sciences infirmières avec spécialisation comme infirmière praticienne en soins de santé primaires. Elle est également éducatrice agréée en diabétologie. Dans ses fonctions d’éducatrice en diabétologie dans un hôpital communautaire, elle s’occupe de la création et de la mise sur pied de programmes d’éducation sur le diabète. Elle a joué un rôle clé dans l’évaluation, la planification et la mise en œuvre du service pour le diabète gestationnel offert en soins ambulatoires. Mme Haysook a aussi contribué à apporter des changements à la pratique infirmière et médicale lorsqu’elle a créé et mis en œuvre le protocole de traitement de l’hypoglycémie et le protocole de traitement de l’acidocétose diabétique. En 2004, Mme Choi est passée de la pratique clinique à la recherche en endocrinologie. À l’heure actuelle, elle est coordonnatrice de la recherche. Elle a travaillé à certaines études par le passé, dont celles sur l’action pour contrôler le risque cardiovasculaire dans le diabète (étude ACCORD), sur l’insuline basale de durée ultra-longue, sur les analogues du GLP-1 et sur la prescription d’insuline par les médecins de famille partout au Canada. Depuis quatre ans, Mme Choi travaille avec les Drs B. Zinman et R. Retnakaran à l’Hôpital Mount Sinai de Toronto dans le cadre d’une étude visant à préserver le fonctionnement des cellules bêta du pancréas et à parvenir à la rémission du diabète à l’aide de l’insulinothérapie intensive de courte durée.

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