Passer de la gestion à la prévention du diabète

Par Karen Graham, RD, CDE posté dans Mode de vie sain Pour professionnels
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DCN55img_2wgardenLa consommation d’aliments sains dépend d’un ensemble de facteurs, comme savoir ce qu’est une alimentation saine et appliquer ce savoir. Elle dépend aussi de notre sécurité alimentaire et de notre environnement, qui déterminent le type d’aliments qui nous sont accessibles.

Brian Wansink affirme :

Nous croyons que nous avons toute la volonté du monde. Nous croyons que c’est quand la nourriture est bonne ou quand nous avons très faim que nous mangeons avec excès. Dans les faits, ce sont là les deux choses qui influencent le moins les quantités que nous mangeons… Ce qui a un véritable effet sur ce que nous mangeons, ce sont la visibilité et l’aspect pratique.

Pour en savoir plus, consultez www.mindlesseating.org ou http://foodpsychology.cornell.edu/content/beating-mindless-eating

Je suis éducatrice en diabétologie depuis près de 30 ans. Vous tous qui êtes aussi éducateurs en diabétologie aurez, comme moi, conseillé des personnes de tous âges, de toutes tailles et de tous types de personnalités. Ce qui est gratifiant dans ce que nous faisons, c’est de pouvoir donner à ces personnes des réponses immédiates et de l’aide au moment où elles en ont besoin (souvent lors d’un diagnostic ou quand il leur faut gérer des défis dans leur vie ou des complications du diabète). Ainsi, parfois, il nous suffit de leur fournir plus d’information, en leur remettant de la documentation ou en les dirigeant vers un excellent site Web ou un livre exhaustif sur le diabète. D’autres fois, c’est un soutien émotionnel que nous apportons à ces personnes ou aux membres de leur famille. Nous avons tous des histoires de réussite à partager, celles de personnes qui ont modifié leur mode de vie de façon positive, à court terme et à long terme.

Toutefois, l’éducation sur le diabète ne réussit pas à tout coup. Bien des personnes que nous conseillons sont incapables de faire les changements que nous suggérons, aussi petits soient-ils. De trop grands obstacles se dressent devant elles. Et souvent, ce sont les innombrables facteurs environnementaux qui incitent à un mode de vie malsain. En voici quelques-uns :

  • un travail sédentaire et/ou un long trajet maison-travail
  • la publicité télévisée excessive pour de mauvais choix alimentaires ou de l’alcool
  • toutes les barres de chocolat bien alignées au magasin-entrepôt ou à l’épicerie (là où l’on va dans l’intention d’acheter des fruits), ou
  • les dépanneurs, stations-service, machines distributrices et restaurants-minute à tous les coins de rue, qui proposent des jus de fruit, des boissons gazeuses, des croustilles, des barres de chocolat, des frites et des hamburgers, des cafés riches, des beignes, et des muffins et des bagels géants.
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Pourtant, on reconnaît la nécessité de rendre l’environnement plus favorable à une alimentation saine et à l’activité physique, mais voilà, les changements de politique importants ne se font pas ou tardent à se faire, et pendant ce temps l’épidémie d’obésité épidémique, elle, à grands pas.

Récemment, je suis passée d’éducatrice en diabétologie, au Manitoba, à nutritionniste communautaire, en Colombie-Britannique. Auparavant, mon rôle était de montrer aux gens comment manger moins et mieux et de les soutenir dans leurs efforts en ce sens. Dans mon nouveau rôle, j’aide à créer un environnement offrant moins d’aliments nuisibles à la santé et plus d’aliments sains qui sont plus abordables et constituent les choix les plus faciles. Pour créer un tel environnement, il faut établir des réseaux et des partenariats communautaires à l’échelon local avec les municipalités, les fournisseurs de services de santé, les écoles, les lieux de travail et les restaurants. Les nutritionnistes communautaires participent à la création de partenariats, de politiques, de programmes et de ressources favorisant une alimentation saine, et soutiennent des champions locaux de cette alimentation. Ils réclament aussi des changements auprès de leur gouvernement, car les succès dépendent en grande partie des changements qu’apporteront les décideurs et le gouvernement. Cathy Richards, diététiste et nutritionniste communautaire bien connue en Colombie-Britannique, a réclamé pendant des années une politique en faveur de choix alimentaires plus sains dans les machines distributrices des écoles et des édifices publics (http://www.interiorhealth.ca/YourHealth/HealthyLiving/Pages/FoodEnvironment.aspx).

Les nutritionnistes communautaires participent aussi à l’instauration de systèmes alimentaires durables permettant aux gens d’avoir un plus large accès à des aliments locaux, ou de cultiver et de produire leurs aliments. La création de jardins potagers publics à Kamloops, en Colombie-Britannique, dirigée par Laura Kalina, diététiste, nutritionniste communautaire et auteure, en est un exemple (http://www.lookkamloops.ca/kamloops_food_policy_council.htm). Dans ce genre d’initiatives, des terrains en friche sont transformés en jardins communautaires modèles. Par exemple, un terrain vague (provenant d’un don privé) au centre-ville pourrait devenir un jardin communautaire. Ou l’aménagement d’un paysage comestible pourrait être prévu dans le plan municipal de la ville. La ville, des municipalités et des groupements communautaires peuvent prendre part à ces initiatives, et souvent c’est un groupe ou un conseil chargé de la politique alimentaire qui les dirige. Les fruits et les légumes « appartiennent » à la collectivité et n’importe qui peut aller les cueillir ! Ce sont là d’excellentes initiatives de prévention du diabète, car les recherches ont montré que le risque de diabète diminue quand la consommation de fruits et de légumes augmente.

Pour pouvoir gérer le nombre croissant de personnes diabétiques, il faudra que des efforts concertés soient déployés par les éducateurs en diabétologie et les travailleurs de la santé, que soient mises en place des initiatives communautaires en matière de nutrition émanant de divers secteurs, et que de fortes pressions soient exercées par des organismes sans but lucratif de réseaux d’alimentation qui se battent contre le puissant lobby de l’alimentation motivé par le profit.

Si vous vous demandez : « En tant qu’éducateurs en diabétologie, comment pouvons-nous promouvoir davantage la prévention par l’alimentation ou nous rapprocher du rôle de nutritionniste communautaire ? », voici ce que vous pouvez faire :

  • Encouragez vos clients à faire un jardin, à jardiner dans un potager collectif ou un jardin communautaire, et à acheter des fruits et des légumes au marché fermier local.
  • Travaillez avec les installations sportives et les comptoirs d’aliments à promouvoir des choix alimentaires plus sains pour vos clients et les autres personnes qui utilisent ces infrastructures. (http://www.stayactiveeathealthy.com/managers/modular_toolkit.html)
  • Des boissons gazeuses et des jus de fruit sont vendus sur les lieux de travail et dans les écoles où se rendent vos clients ? Voyez si vous pouvez faire pression en faveur d’une offre plus saine, ou donner votre appui à une personne qui défendra cette cause.
  • Avez-vous des enfants ? Suggérez à l’école où ils vont de vendre des fruits ou des légumes produits localement au lieu de friandises au chocolat lors des collectes de fonds. (http://healthyeatingatschool.ca/resources/c/food-at-school)
  • Apprenez à vos clients à magasiner moins cher et à gérer un budget.
  • Encouragez vos clients à préparer des repas nourrissants, rapides et faciles à la maison pour qu’ils mangent mieux chez eux et moins souvent au restaurant. Cela pourrait vouloir dire aider à l’établissement de programmes de cuisine et de cuisines communautaires, ou tout simplement recommander un livre de recettes simple et pratique.
  • Encouragez vos clients à manger en famille – tous autour de la table, après avoir éteint les appareils électroniques, et à prendre le temps qu’il faut pour manger.
  • Enfin, dans la mesure du possible, collaborez avec la nutritionniste locale pour accroître dans votre collectivité les programmes qui contribueront à réduire le risque de diabète pour tous.

Un bon tour d’horizon des questions touchant la sécurité alimentaire vous est proposé dans un document publié en 2004 par le conseil des nutritionnistes communautaires de la Colombie-Britannique, intitulé Making the Connection – Food Security and Public Health, ainsi que dans la partie sur la sécurité alimentaire du site Web de l’organisme Interior Health de la Colombie-Britannique : http://www.interiorhealth.ca/YourHealth/HealthyLiving/FoodSecurity/Pages/default.aspx

Á propos de l'auteur
Karen Graham, RD, CDE

Karen Graham, diététiste, éducatrice en diabétologie, est l’auteure de deux livres : The Complete Diabetes Guide (2011) et La santé au menu (2010, Les Éditions de l’Homme). Ses livres renferment des photos grandeur nature de mets simples et sains préparés en portions raisonnables, ce qui rend faciles et agréables la planification et la préparation des repas. Des éducateurs en diabétologie d’un peu partout en Amérique du Nord s’en servent comme outil didactique dans les cliniques pour diabétiques. À ce jour, près d’un quart de million de livres ont été vendus. Si vous avez des commentaires sur cet article ou si vous désirez en savoir plus sur les ressources élaborées par Mme Graham, allez à www.karengraham.ca ou communiquez avec elle par courriel à karen@karengraham.ca. Pour visionner ses vidéos, faites une recherche “Karen Graham” sur le site www.youtube.com.

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