L’observation du traitement: le défi pour l’éducateur et le client

Par Patty Colombe, R.N. posté dans Pour professionnels
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nurseLes professionnels de la santé, quelle que soit leur discipline, font tous face à un défi de taille : l’observation du traitement par le client. Dans le traitement du diabète, le renforcement constant est essentiel parce que le contrôle de la glycémie détermine lourdement le développement et l’issue d’un grand nombre d’autres maladies chroniques.

Les stratégies utilisées pour parvenir à l’observation suivie du traitement varient beaucoup d’une population à l’autre. Chacun a ses raisons de maintenir l’euglycémie qui, à son tour, conduit à une santé optimale.

Pour élaborer un programme de soins individualisé, il faut évaluer les besoins du client. Voici quelques questions à garder à l’esprit au cours de l’évaluation :

  • quelles stratégies seraient utiles?
  • comment l’équipe de traitement du diabète peut-elle déterminer la meilleure stratégie?
  • faudrait-il adopter plus d’une stratégie pour assurer le succès du traitement?

Lorsque j’élabore des stratégies pour améliorer l’auto-surveillance chez le client, mes objectifs premiers sont les suivants :

  • déterminer dans quelle mesure le client est capable de gérer sa propre santé;
  • identifier les objectifs personnels du client;
  • déterminer ce qui motive le client à atteindre ses objectifs et à maintenir une qualité de vie optimale.

Lorsque l’équipe de traitement du diabète a constaté que le client est effectivement capable de gérer sa propre santé, elle peut dresser un plan basé sur ses capacités. Celles-ci sont évaluées au cours de l’entrevue initiale. Beaucoup sont d’avis que l’éducation et le niveau d’alphabétisation sont les éléments clés. Dans ma pratique, j’ai remarqué que les personnes dont les compétences à lire et à écrire sont limitées réussissent très bien dans plusieurs aspects de l’auto-surveillance. Pour qu’une personne puisse gérer sa santé, le catalyseur, ou l’obstacle, est habituellement son acceptation du traitement.

Les clients ont tous des objectifs différents. Ce qui compte le plus pour les uns n’a aucune signification pour les autres. L’éducateur doit aussi faire la distinction entre ses propres objectifs et ceux du client. Cela ne signifie pas que l’équipe de traitement ne doit pas chercher à atteindre les meilleurs résultats possibles. Simplement, il faut incorporer les objectifs du client dans le programme en premier. À mesure que chaque objectif est atteint, on peut discuter d’un objectif plus avancé. De cette façon, le client sent que ses objectifs lui appartiennent, ce qui le motive à passer à un niveau plus élevé.

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La motivation est un facteur dominant. Beaucoup de gens estiment que réussir dans divers aspects de leur vie, y compris leur santé, revêt une importance primordiale. Pour d’autres, la réussite tient à l’importance qu’elle occupe pour les proches, le travail, la croyance ou l’apparence. Il ne faut jamais minimiser ces motivations, mais plutôt les utiliser comme points de départ.

Dans votre rôle d’éducateur, n’oubliez jamais que VOTRE but est d’informer, d’encourager et d’offrir du soutien. La décision de poser des choix plus favorables à la santé revient au client. Si vous essayez d’imposer vos idéaux à votre client, votre démarche est presque toujours vouée à l’échec. Le client doit avoir le désir d’adopter ces idéaux et de les faire siens. Très souvent, le client observera mieux le traitement s’il sait que c’est son propre choix.

Pour aider le client à choisir son ou ses objectifs, l’une des stratégies que j’adopte est de suivre les lignes directrices de pratique clinique. Je ne perds jamais de vue que ce sont des lignes directrices, c’est-à-dire un guide que je peux modifier pour atteindre un objectif particulier. J’opte pour la prudence en adhérant aux normes établies pour le traitement du diabète. Avec chaque client, je passe en revue les objectifs optimaux qui permettent d’obtenir des résultats optimaux. Beaucoup de clients veulent atteindre l’optimal, mais d’autres ne sont probablement pas prêts. Je discute avec eux des points sur lesquels ils doivent apporter des changements à leur mode de vie, et ils choisissent les points sur lesquels ils se sentent prêts à le faire. Même s’ils ne choisissent qu’un point parmi plusieurs, c’est déjà un premier pas.

Une autre stratégie que j’emploie consiste à remettre entre les mains du client la responsabilité de sa santé. Lorsque j’accueille un nouveau client, et même avec des clients de longue date, je commence toujours mon discours en disant : « Vous avez en main 99,9 % du contrôle de votre diabète. En bout de ligne, le résultat du traitement dépend de vous. » La responsabilité de l’éducateur est d’atteindre ses propres objectifs, c’est-à-dire d’informer, d’encourager et de soutenir chaque client. S’il atteint ces objectifs avec prudence, il a bien fait son travail. La réussite, les compromis et les défis appartiennent au client. L’éducateur aide le client à composer avec ces éléments.

Il arrive à l’occasion que le client choisisse de ne rien faire. Dans ces cas, l’éducateur a la responsabilité de lui donner toute l’information possible pour lui permettre de prendre des décisions éclairées sur le programme de traitement qu’il doit suivre à cette étape-ci. Si le client décide de ne pas saisir l’occasion d’apprendre à mieux gérer son diabète, l’éducateur prudent informera son médecin de famille de la situation. Dans sa correspondance, il inclura toute l’information donnée au moment de l’évaluation. De plus, il gardera la communication ouverte avec le client en lui disant qu’il peut revenir à la clinique au moment qui sera propice pour lui.

Les fournisseurs de soins de santé ont la responsabilité de fournir de l’information exacte et utile à la personne à qui ils donnent un service. Ce que la personne décide de faire de cette information est tout à fait sa responsabilité à elle. Beaucoup de gens qui semblent ne pas être intéressés sont, en fait, en déni et encore incapables d’accepter la réalité. Lorsqu’ils commenceront à accepter la nécessité changer leur mode de vie, ils reviendront, mais cette fois-ci, avec le désir de changer parce que ce sera leur propre décision.

Ce sont là deux stratégies que j’emploie régulièrement avec mes clients. Je les modifie souvent pour répondre aux besoins de chaque personne, mais elles demeurent mes stratégies de base. Notre clinique a toujours connu du succès en responsabilisant les clients et en les guidant dans la prise de décisions. Personnellement, mon objectif est d’aider mes clients à bien comprendre leur diabète et heureusement, c’est un objectif que j’ai souvent atteint. Il n’est pas nécessaire que tous les clients connaissent le diabète dans les moindres détails, mais il est essentiel qu’il comprennent le plus possible comment le diabète les affecte.

Á propos de l'auteur

Patty Colombe est infirmière autorisée depuis 22 ans et éducatrice en diabétologie depuis 17 ans. Elle travaille présentement à Stephenville, à Terre-Neuve. Dans l’un de ses projets, elle travaille avec une diététiste clinique pour transformer le centre rural d’éducation en diabétologie et en faire un programme structuré axé sur l’autogestion. Patty s’intéresse de près à l’interprétation des tendances de la glycémie afin de déterminer la cause la plus probable d’un mauvais contrôle glycémique. Elle a été directrice de la qualité au sein de l’exécutif national de la section des éducateurs en diabétologie à l’ACD pendant trois ans. Au cours de ces années, elle a participé à la planification stratégique effectuée par la section des éducateurs en diabétologie ainsi qu’à l’élaboration des lignes directrices de pratique clinique et des normes de soins applicables au diabète.

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