Les parents reprennent le contrôle de l’approvisionnement alimentaire de la maison

Par Jasmine Arellano, RD posté dans Saine alimentation
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child_lunchboxLes contrôleurs de la nutrition : Les parents reprennent le contrôle de l’approvisionnement alimentaire de la maison

Il n’a fallu que peu de temps pour que nous devenions une société sédentaire de haute technologie, envahie par la malbouffe. La frénésie médiatique de céréales sucrées, d’aliments frits et de boissons gazeuses, d’ailleurs tous offerts en portions gigantesques, a souvent raison de l’alimentation saine et équilibrée. Il est peut-être difficile d’avoir une influence sur l’approvisionnement alimentaire du public, mais à la maison, dans notre milieu immédiat, c’est   tout à fait possible. La plupart d’entre nous pouvons attribuer la majorité de nos habitudes diététiques et nutritionnelles à ce que nous avons à manger à la maison et cela dépend de la personne qui fait les achats et qui garnit le garde-manger.

De nos jours, les parents sont très souvent pris entre des enfants qui les supplient de leur donner les délices sucrés qu’ils voient à la télévision, et la responsabilité évolutionnaire qu’ils ont de servir à leurs enfants des aliments nutritifs qui favorisent une croissance et un développement optimaux. La situation semble difficile à résoudre mais pourtant, ce ne devrait jamais être une question de faire la part des choses. Pourquoi tenir pour acquis que nos enfants savent ce qu’il y a mieux pour eux? Pourquoi leur donner de telles responsabilités lorsqu’ils sont à peine prêts à préparer leurs lunchs et à se rendre à l’école à pied? N’est-ce pas injuste, surtout si l’on considère que cette liberté de choix prédomine la responsabilité de savoir le quoi, le quand, le où, le combien et le pourquoi qui sous-tendent les comportements alimentaires? Cela ne signifie pas que les enfants ont besoin de connaître les réponses à toutes ces questions. Simplement, nous devons leur offrir des bases solides qui les aideront à acquérir des habitudes saines à long terme.

Les habitudes alimentaires de nos enfants ne sont pas une question d’équilibre ou de négociation. C’est une question de partage des responsabilités, de savoir quel rôle chacun a à jouer et d’avoir l’assurance que l’autre jouera le sien.1 Voilà la philosophie d’Ellyn Satter, diététiste et auteure influente qui s’intéresse à l’alimentation des familles en santé. C’est ce qu’elle appelle le partage des responsabilités. Le parent choisit quoi, quand et manger, tandis que l’enfant choisit de manger et en quelle quantité.1

Le concept de choisir ce que nos enfants mangent fait penser à l’idée du contrôleur de la nutrition lancée par Brian Wansink. Le contrôleur de la nutrition est la personne responsable d’acheter la nourriture et de préparer les repas à la maison.2 Dans un sondage qu’il a mené en 2005, M. Wansink a trouvé que les contrôleurs de la nutrition décident de 72 % de l’apport diététique du foyer, ce qui leur donne passablement d’occasions de faire des choix sains pour la famille.2 L’idée consiste à habiliter les parents à reprendre le contrôle. Elle nous rappelle que les parents sont des pourvoyeurs, et non pas des négociateurs. Par contre, nous ne voulons pas non plus tomber dans l’autre extrême et pousser les parents à devenir des tyrans à cheval sur le sans-gras/faible en gras et l’absence totale de malbouffe. Pour trouver le juste milieu lorsque nous encourageons nos enfants à adopter des habitudes alimentaires saines, voici quelques points à considérer.

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Il est important que le régime alimentaire soit varié pour que les enfants soient bien nourris pendant les poussées de croissance. La variété permet aussi d’avoir un vaste répertoire d’aliments et de cultiver le goût. Sans variété, nos enfants n’ont qu’une gamme étroite de préférences et ne sont pas portés à explorer de nouvelles possibilités ou n’ont pas la confiance nécessaire pour le faire. Il est également démontré que lorsque le régime alimentaire comporte une grande variété d’aliments nourrissants, et surtout de fruits et de légumes, les gens sont naturellement moins portés à manger des aliments peu nourrissants.3 En ayant constamment une bonne provision d’aliments nourrissants à la maison, on favorise une alimentation saine.

Le succès n’est pas à la portée exclusive des personnes ouvertes à de nouvelles expériences alimentaires : même les mangeurs capricieux peuvent bien manger. La présentation, la préparation et la persévérance font toute la différence. Pour favoriser une attitude positive face aux aliments, toutes sortes de choses peuvent aider, comme un « dessin en ketchup », des ustensiles personnalisés ou demander aux enfants de participer à la préparation des repas et leur faire faire un sandwich, des fajitas ou des brochettes de fruits. Il faut également avoir de la persévérance. Il faut parfois plusieurs semaines, plusieurs mois ou plusieurs années pour qu’un enfant ait le courage ou même la curiosité de goûter de nouveaux aliments. Si ces aliments sont constamment à portée de la main, les chances sont moins fortes de laisser passer une bonne occasion.

Pour bien manger, il est utile d’avoir des aliments nourrissants au frigo. Pour maximiser leurs efforts, les parents doivent toutefois voir à ce que ces aliments soient prêts à manger et facilement accessibles. Si les fruits et légumes sont lavés, coupés et faciles à voir, tout le monde sera plus porté à en manger. L’idée est de rendre les aliments nourrissants facilement accessibles4 et de ranger les aliments moins nourrissants dans des endroits plus difficiles à atteindre. On peut, par exemple, ranger ces aliments sur les étagères élevées, dans des placards ou en dehors de la maison pour réduire le grignotage inattentif. Si nous nous rapportons au temps où nous étions en 5e année, nous mangions ce qu’il y avait à la maison parce que nous n’avions pas d’argent ou de moyens de manger ce que nous voulions, quand nous le voulions.

Évitez la malbouffe autant que possible, mais offrez aussi un régal de temps en temps. Nous sommes tous vulnérables au cycle dans lequel nous nous privons, pour ensuite nous bourrer. Plus on se limite, plus les états de besoin sont forts et plus nous perdons le contrôle lorsqu’on nous présente des aliments que l’on considère malsains. 5 Nous aimerions croire que nos enfants passent le plus clair de leur temps à la maison avec leurs parents, mais en réalité, ils passent la moitié de la journée à l’école, ils font des sports dans leurs activités parascolaires, ils vont à des fêtes, et ainsi de suite. Nous voulons qu’ils associent une fête d’anniversaire non pas avec un gâteau, mais avec les bons moments qu’ils passent avec leurs amis. Nous ne voulons pas non plus que les sports représentent pour eux l’occasion de manger de la pizza ou que l’école devienne l’endroit où voler le Joe Louis des amis à la récréation. En servant ces aliments à la maison ocasionnellement, comme un petit régal et non pas comme une récompense, on peut modifier ce type d’associations mentales et atténuer l’obsession alimentaire causée par la privation. 5 Le mot clé ici est occasionnellement, pour ne pas oublier que les parents sont des pourvoyeurs, et non pas des négociateurs.

La meilleure stratégie de promotion de la santé commence à la maison. Il est important de garder à l’esprit que les contrôleurs de la nutrition jouent un rôle essentiel dans l’alimentation d’une famille en santé. Les parents peuvent commencer par reprendre le contrôle de l’approvisionnement alimentaire de la maison et créer une expérience positive de la cuisine à la table. Même si l’alimentation saine n’est pas la norme dans la société, on peut en faire la norme chez nous.

Références

  1. Satter, Ellyn. (2008). Secrets of feeding a healthy family. Madison: Kelcy Press.
  2. Wansink, B. (2006). Nutritional gatekeepers and the 72% solution. Journal of the American Dietetic Association, 106(9):1324–1327.
  3. Epstein, L., et al. (2001). Increasing fruit and vegetable intake and decreasing fat and sugar intake in families at risk for childhood obesity. Obesity Research. 9(3):171-178.
  4. Wansink, B. (2006). Mindless Eating: Why We Eat More Than We Think. New York: Bantam.
  5. Burton, P., et al. (2007). The influence of retrained and external eating patterns on overeating. Appetite. 49: 191-197.
Á propos de l'auteur

Jasmine Arellano est diplômée du programme de nutrition humaine appliquée de l’Université de Guelph. Cet automne, elle commencera un internat en diététique à l’hôpital Sunnybrook and Women’s College de Toronto. Elle prévoit faire carrière en diabétologie. Elle travaille présentement comme adjointe administrative au Centre de diabétologie de l’hôpital Sunnybrook.

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