Le traitement du diabète évolue constamment

Par Patty Colombe, R.N. posté dans Pour professionnels
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Insulin pen

Le traitement du diabète évolue de plus en plus. Trouver le programme de traitement le mieux adapaté à chaque client ressemble un peu à trouver la combinaison gagnante d’ingrédients pour une nouvelle recette. Très souvent, la meilleure solution consiste à opter pour les normes traditionnelles, mais il arrive parfois qu’une recette différente s’impose parce que votre patient hyperglycémique ne répond pas aux anciennes méthodes.

Chaque fois qu’un client m’est recommandé, je vérifie les niveaux de magnésium indiqués dans les résultats des analyses sanguines. Les études ont démontré que le magnésium peut affecter le taux de glycémie. Certains de mes clients ont un taux de magnésium se situant du côté faible de la normale (0,7-0,8) ou juste sous la normale (0,6-0,69). C’est ce qui m’a poussée à faire de la recherche sur les effets du magnésium et à étudier ses effets chez mes propres clients.

Le diabétique ayant une glycémie élevée combinée avec de faibles taux de magnésium se trouve dans une véritable impasse. Les faibles taux de magnésium imitent et amplifient la résistance à l’insuline, ce qui cause souvent une montée de la glycémie. Les taux de glycémie élevés, pour leur part, provoquent l’évacuation de magnésium de l’organisme à un rythme excessif, ce qui empêche l’organisme de maintenir les niveaux de magnésium en circulation dans le sang.

Le dilemme se présente donc comme ceci : les taux normaux de magnésium sérique se situent à 0,7 et plus. Une personne ayant une glycémie élevée pourrait avoir un niveau de magnésium sérique normal-faible, mais ne pas avoir suffisamment de magnésium en circulation dans le sang. Cette situation est causée par les efforts que fait l’organisme pour expulser l’excès de glucose pendant les périodes d’hyperglycémie prolongées. En évacuant l’excès de glucose, l’organisme évacue aussi le magnésium, ce qui fait qu’il est très difficile de maintenir des taux de magnésium adéquats dans le sang. Gardons à l’esprit que, comme pour le glucose, la source première de magnésium se trouve dans les aliments que nous mangeons. Le magnésium et le glucose finissent tous les deux par circuler dans le sang et, en présence d’hyperglycémie, ils seront tous deux éliminés par le système rénal avant que le magnésium ne puisse gagner la circulation sanguine en quantité suffisante.

Comment le magnésium contribue-t-il au succès du traitement du diabète?

Après avoir observé les taux de magnésium de mes clients pendant plusieurs années, j’ai découvert une tendance qui établit un lien entre la glycémie incontrôlée et des taux de magnésium inférieurs à 0,85. Ces personnes semblaient avoir suffisamment de magnésium, mais leur glycémie demeurait élevée ou affichait une tendance erratique, allant d’un taux modérément élevé à un taux incontrôlé. Chez ces personnes, le magnésium imitait une hyperglycémie de rebond, sans régularité ni cohérence.

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Nous avons recueilli les dossiers alimentaires de ces clients et les avons examinés pour relever les points à améliorer. Très souvent, les personnes suivaient un régime alimentaire équilibré. Chez certaines, l’apport d’aliments riches en fibres ou en magnésium était limité ou nul. À ces personnes, nous avons recommandé de manger plus d’aliments riches en fibres et en magnésium. Six à huit semaines plus tard, nous avons réévalué les taux de glycémie, l’HbA1c, les dossiers alimentaires et les taux de magnésium. Dans la majorité des cas, les dossiers alimentaires semblaient bien équilibrés et incluaient un plus grand apport de magnésium.

Toutefois, les valeurs sériques de glucose et de magnésium s’étaient peu ou pas améliorées. Les baisses de magnésium s’accompagnaient de hausses de glucose. La cause initiale de ce déséquilibre demeure inconnue. Il semble toutefois que le magnésium et le glucose s’affectent l’un l’autre, comme j’ai pu le constater chez les clients dont je vais vous parler.

Les trois cas suivants décrivent des clients pour qui diverses stratégies de traitement basées sur les taux de magnésium s’avèrent intéressantes. La question qui se pose est la suivante : L’apport alimentaire de magnésium représente-t-il un traitement adéquat en présence d’une hyperglycémie incontrôlée?

Cas # 1

  • Homme – 54 ans, dont le diagnostic de diabète de type 2 a été posé il y a 11 ans. Trois ans après le diagnostic, sa glycémie a augmenté, se situant entre 8,3 mmol 21,8 mmol, avec une HbA1c de 12,3 % et un taux de magnésium de 0,69, légèrement sous la normale.
  • L’insulinothérapie a débuté cinq ans après le diagnostic, avec une dose de 13 uts d’Humulin N au coucher. Sa glycémie a continué de grimper malgré les changements qu’il a apportés à son alimentation. Son régime insulinique a été remplacé par 14 uts d’Humulin 30/70 le matin et 8 uts l’après-midi.
  • Sa glycémie est devenue de plus en plus erratique pendant que son HbA1c fluctuait entre 12,3 % et  14,2 %.
  • Un an après le début de l’insulinothérapie, il a augmenté sa consommation d’aliments riches en magnésium. Sur une période de six mois, nous avons vérifié son HbA1c tous les deux mois et ses taux de magnésium sérique tous les mois afin de suivre ses progrès. Les taux de magnésium oscillaient entre 0,6 et 0,76. L’HbA1c pendant cette période s’est située entre 12,9 % et 13,4 %. Ces fluctuations correspondent aux périodes de changement dans les niveaux de magnésium. Par exemple, si le taux de magnésium sérique était légèrement bas, l’HbA1c augmentait légèrement, et vice versa.
  • Malheureusement, cet homme n’a pas continué le suivi.

Cas # 2

  • Homme – 69 ans, diabétique de type 2 depuis 12 ans. Sa glycémie a commencé à monter au cours des neuf derniers mois, se situant entre 10,2 mmol et 26,4 mmol, avec une HbA1c de 9,3 %.
  • Il a commencé à suivre de près son alimentation et à y inclure plus d’aliments riches en magnésium. Il a également commencé à prendre de l’insuline Novolin NPH à raison de 6 uts le matin et de 12 uts l’après-midi. Ses doses d’insuline ont augmenté dans les deux ou trois mois qui ont suivi, sans produire d’amélioration notable.
  • Nous avons examiné son taux de magnésium trois mois après le début de l’insulinothérapie. Le taux de magnésium est demeuré bas, à 0,57. Après avoir consulté l’équipe de soins de santé, il a commencé à prendre des suppléments de magnésium. Un mois plus tard, son taux de magnésium était passé à 0,95. Sa glycémie est devenue moins erratique, variant entre 9,8 mmol et 18,0 mmol, et s’est trouvée sous 10 mmol plus souvent qu’au cours du mois précédent.
  • Sur les conseils de son médecin de famille, qui craignait que son niveau de magnésium s’élève au-dessus de la normale, il a cessé de prendre les suppléments moins de deux mois après avoir commencé.
  • Il a maintenu avec vigilance son apport alimentaire de magnésium. Malgré tout, son taux de magnésium sérique a commencé à diminuer tandis que sa glycémie est passée à 12,7 mmol-26,6 mmol. À peine deux semaines après avoir cessé de prendre les suppléments, on a noté des augmentations importantes de la glycémie. Un mois après avoir cessé de prendre les suppléments, son taux de magnésium était à 0,84 et le mois suivant, à 0,8.

Cas # 3

  • Femme – 39 ans, diabétique de type 2 depuis 11 ans. Huit ans après son diagnostic, l’insulinothérapie a débuté. Cette patiente a commencé à prendre Humalog aux repas et Humulin N au coucher. Au début, elle prenait les doses suivantes :
    • Petit-déjeuner 5 uts
    • Dîner 4 uts
    • Souper 5 uts
    • Coucher 8 uts
  • Au début de l’insulinothérapie, sa glycémie se situait entre 4,3 mmol et 13,0 mmol et son HbA1c s’élevait à 7,4 %. À ce moment-là, ses taux de magnésium n’étaient pas mesurés.
  • Six mois après avoir commencé l’insulinothérapie, sa glycémie se situait entre 3,9 mmol et 10,6 mmol, son HbA1c était à 7,9 % et son taux de magnésium à 0,76.
  • Au cours des 12 mois suivants, ses doses d’insuline ont été rajustées plusieurs fois mais la dose quotidienne totale a augmenté d’un maximum de 5 uts. Sa glycémie se situait entre 7,1 mmol et 12,6 mmol, son HbA1c à 8,4 % et son taux de magnésium à 0,64. On a ajouté des aliments riches en magnésium à son régime alimentaire.
  • Six mois après avoir ajouté des aliments riches en magnésium à son régime alimentaire, le contrôle de la glycémie s’est amélioré. Sa glycémie s’est établie entre 4,2 mmol et 7,9 mmol, son HbA1c à 6,8 % et son taux de magnésium à 0,74.
  • Cette amélioration s’est produite malgré des changements minimes apportés aux doses d’insuline. Elle est passée à l’insuline Novolin parce qu’il était possible d’apporter de petites doses de rajustement avec le stylo Novolin Junior. Ses doses d’insuline à ce moment-là étaient les suivantes :
    • Déjeuner 5,5 uts
    • Dîner 6,5 uts
    • Souper 5 uts
    • Coucher 9,5 uts
  • Au début, sa glycémie était très légèrement élevée et ses taux de magnésium très légèrement bas. Cette situation est probablement attribuable au fait qu’elle présentait seulement une hyperglycémie légère qui lui permettait, malgré tout, de retenir le magnésium en circulation dans le sang plus efficacement que les deux premiers patients dont nous avons parlé.
  • Ce qui nous ramène à la question de départ : l’apport de magnésium par l’alimentation constitue-t-il un traitement adéquat en présence d’hyperglycémie incontrôlée?
  • Ce ne sont que trois des nombreux cas que j’ai vus et qui présentent des difficultés semblables. Ils ont toutefois un point commun : lorsque l’hyperglycémie est prolongée et sévère, le captage de l’insuline ne peut pas être amélioré efficacement par des taux de magnésium inférieurs à 0,85. Par conséquent, pour les clients présentant une HbA1c supérieure à 9 %, il est peut-être nécessaire de prendre un supplément de magnésium.

Références :

  1. Magnesium and Type 2 Diabetes – Benefits of Magnesium Oxide Dietary Supplement Blaine Mag-Ox 400 http://www.magox.com/types.htm
  2. Magnesium Supplementation in the Treatment of Diabetes American Diabetes Association – Diabetes Care 1992; 1065-1067
  3. Daily Magnesium Supplements Improve Glucose Handling in the Elderly Subjects G Paolisso – American Journal of Clinical Nutrition 1992; 1161-1167
  4. Serum and Dietary Magnesium and the Risk for Type 2 Diabetes WH Kao; AR Folsom; JP Mo; FJ Nieto; RL Watson; FL Brancati Arch Internal Medicine 1999; 159; 2151-2159
  5. Magnesium in Diabetes Mellitus HW De Valk – Netherlands Journal of Medicine 1999; 233; 117-123
Á propos de l'auteur

Patty Colombe est infirmière autorisée depuis 22 ans et éducatrice en diabétologie depuis 17 ans. Elle travaille présentement à Stephenville, à Terre-Neuve. Dans l’un de ses projets, elle travaille avec une diététiste clinique pour transformer le centre rural d’éducation en diabétologie et en faire un programme structuré axé sur l’autogestion. Patty s’intéresse de près à l’interprétation des tendances de la glycémie afin de déterminer la cause la plus probable d’un mauvais contrôle glycémique. Elle a été directrice de la qualité au sein de l’exécutif national de la section des éducateurs en diabétologie à l’ACD pendant trois ans. Au cours de ces années, elle a participé à la planification stratégique effectuée par la section des éducateurs en diabétologie ainsi qu’à l’élaboration des lignes directrices de pratique clinique et des normes de soins applicables au diabète.

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