Le traitement de la sécheresse oculaire chez les personnes diabétiques

Par Dr. Marino Discepola, MD, FRSCS posté dans Soins des yeux
Modifié

Treating Dry Eye In People With DiabetesQu’est-ce que le syndrome des yeux secs?

Le syndrome des yeux secs est un trouble courant et l’une des raisons les plus souvent données quand un patient cherche à obtenir des soins oculaires. Les patients se plaignent d’irritation, de fatigue, de sécheresse oculaires et de troubles visuels comme une vision floue. Les causes de la sécheresse oculaire sont multifactorielles mais le résultat final est une modification du film lacrymal attribuable à une baisse de la sécrétion de larmes ou à l’évaporation excessive des larmes [i].

 Symptômes de sécheresse oculaire

  • Inconfort
  • Sécheresse
  • Sensation de brûlure
  • Picotement
  • Sensation de sable dans l’œil
  • Sensation de corps étranger dans l’œil
  • Fatigue oculaire
  • Trouble visuel (c.-à-d., vision floue)

Ces symptômes ne sont pas sans importance et la sécheresse oculaire a des répercussions notables sur la qualité de vie. Une étude récente menée auprès de plus de 500 personnes a révélé que même en ajustant les données pour des facteurs comme l’âge, l’hypertension et le diabète, les personnes souffrant de sécheresse oculaire avaient considérablement plus de difficulté à lire, à utiliser un ordinateur, à regarder la télévision ou à conduire, tant le jour que la nuit [ii].

La vision floue éprouvée par les personnes atteintes de sécheresse oculaire pendant des activités comme regarder la télévision, lire ou conduire serait attribuable en partie à des problèmes liés au film lacrymal entre les clignements. Plus particulièrement, la rupture du film lacrymal se produit beaucoup plus rapidement entre les clignements chez les personnes ayant les yeux secs que chez ceux ne souffrant pas de sécheresse oculaire [iii].

Lorsque le film lacrymal se déchire entre les clignements, la surface de l’œil est exposée et des régions peuvent s’assécher, ce qui entraîne des symptômes de sécheresse oculaire. Lors de tests visant à mesurer l’acuité visuelle entre les clignements, les personnes souffrant de sécheresse oculaire présentaient une réduction de 50 % de la vitesse de la baisse de l’acuité visuelle comparativement aux personnes ne souffrant pas de sécheresse oculaire, ce qui indique que l’acuité visuelle se détériore plus rapidement chez les patients ayant les yeux secs3.

Lorsque l’on envisage l’impact de ce trouble sur la qualité de vie et l’acuité visuelle des patients dans son ensemble, on comprend rapidement pourquoi le syndrome des yeux secs est considéré comme un trouble de santé nécessitant un traitement efficace.

La sécheresse oculaire chez les personnes diabétiques

Le syndrome des yeux secs est particulièrement fréquent chez les diabétiques5. On estime que plus de 50 % des personnes atteintes du diabète de type II souffrent de sécheresse oculaire [iv]. Pourquoi la sécheresse oculaire est-elle si courante chez les personnes atteintes de diabète?

On dispose de plus en plus de preuves indiquant que le diabète cause des changements qui peuvent prédisposer à la sécheresse oculaire.

  • Il existe une corrélation entre la mauvaise maîtrise de la glycémie et la durée du diabète et la gravité de la sécheresse oculaire4, [v].
  • On a observé une baisse de la sécrétion de larmes chez les personnes diabétiques par rapport aux non-diabétiques [vi].
  • On a constaté une corrélation entre la rétinopathie diabétique et la baisse de la fonction du film lacrymal [vii].
  • Chez les enfants souffrant de diabète de type I, on remarque une baisse de la sécrétion de larmes et de la stabilité du film lacrymal par rapport aux témoins non-diabétiques; 7 % des enfants diabétiques étaient atteints de sécheresse oculaire, comparativement à 0 % des témoins appariés pour l’âge [viii].
  • On a avancé l’hypothèse selon laquelle la neuropathie périphérique pourrait affecter la fonction de la glande lacrymale.

Quels sont les traitements de la sécheresse oculaire?

Les patients présentant une sécheresse oculaire devraient faire évaluer les médicaments qu’ils prennent afin de déterminer s’ils sont susceptibles d’exacerber les symptômes de la sécheresse oculaire (p. ex., usage d’antihistaminiques ou de diurétiques)9.

Mesures liées à l’environnement

Le tabagisme et l’exposition à la fumée secondaire sont à proscrire étant donné leurs effets néfastes sur la couche lipidique du film lacrymal précornéen et les protéines lacrymales. Les milieux à faible humidité et les courants d’air sont deux facteurs pouvant aggraver les symptômes de la sécheresse oculaire et les patients devraient chercher à les contrôler au travail et à la maison9. On encourage aussi les patients à utiliser un humidificateur au travail et à la maison, en particulier en hiver.

Pour composer avec les symptômes de la sécheresse oculaire liés à l’usage de l’ordinateur et à la lecture, des mesures simples peuvent se révéler utiles, notamment, baisser l’écran d’ordinateur en-dessous du niveau de l’œil, prendre régulièrement des pauses et cligner des yeux plus souvent [ix].

Mesures liées à l’alimentation

On dispose de preuves laissant croire que l’on peut atténuer les symptômes de la sécheresse oculaire en consommant davantage d’acides gras polyinsaturés comme les oméga-3 et les oméga-6 [x].

On a associé la hausse préventive de la consommation d’oméga-3 à une baisse de la fréquence du syndrome des yeux secs chez la femme [xi].

Traitement chirurgical

Dans les cas de sécheresse oculaire d’intensité modérée à grave, on peut poser des bouchons méatiques pour ralentir l’évacuation des larmes par les points lacrymaux. En ralentissant le drainage des larmes, ces bouchons non absorbables semi-permanents augmentent le volume des larmes à la surface de l’œil et réduisent l’osmolarité des larmes1.

Bien que toutes ces mesures puissent contribuer à réduire la sécheresse oculaire, la majorité des patients utiliseront des larmes artificielles en vente libre comme pierre angulaire du traitement.

Gouttes oculaires pour les yeux secs

Choisir des gouttes pour les yeux : une multitude d’options et beaucoup de confusion

Quand les patients vont à la pharmacie pour acheter des gouttes oculaires, ils sont confrontés à un vaste choix et se sentent souvent confus. D’après un sondage Gallup réalisé en 2008, 50 % des personnes souffrant de sécheresse oculaire optent pour des gouttes qui réduisent la rougeur ou apaisent les symptômes d’allergies. Ce ne sont pas les bons types de gouttes contre la sécheresse oculaire et ces collyres ne permettent pas de soulager leurs symptômes.

Les patients doivent être clairement informés quant aux gouttes à choisir pour traiter spécifiquement la sécheresse oculaire. Un sondage Gallup mené en 2008 a révélé que même après avoir consulté un médecin et avoir fait l’objet d’un diagnostic de sécheresse oculaire, 33 % des patients choisissent des gouttes visant à soulager la rougeur ou une marque maison. Ces patients continueront de présenter des symptômes en raison du choix inadéquat de médicament.

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D’après un sondage Gallup réalisé en 2008, 50 % des personnes souffrant de sécheresse oculaire optent pour des gouttes qui réduisent la rougeur ou apaisent les symptômes d’allergies.  Ce ne sont pas les bons types de gouttes contre la sécheresse oculaire.

Les patients ont clairement besoin d’être informés quant à la façon de choisir des gouttes pour les yeux pour soulager la sécheresse oculaire de façon efficace.

Sur quels critères devrait reposer le choix des gouttes oculaires?

Les patients doivent savoir que toutes les gouttes oculaires ne se valent pas. Premièrement, on doit leur expliquer que les gouttes visant à soulager la rougeur ou les symptômes d’allergies ne traiteront pas les symptômes de la sécheresse oculaire.

Ils doivent utiliser des larmes artificielles conçues spécifiquement pour traiter les yeux secs. Lorsque l’on choisit parmi les divers traitements de la sécheresse oculaire, il faut envisager le recours à des produits hautement performants qui procurent :

1. un confort immédiat;

2. un soulagement rapide des symptômes;

3. une protection durable;

4. une amélioration de la performance visuelle.

Résumé

La sécheresse oculaire est un trouble très courant chez les personnes atteintes de diabète. On estime que jusqu’à une personne diabétique sur deux en serait atteinte. Les symptômes ont des répercussions considérables sur la qualité de vie des patients et affectent les activités de tous les jours, comme la lecture et la conduite automobile.

Les gouttes oculaires constituent l’un des piliers du traitement. Cependant, 50 % des patients choisissent le mauvais type de gouttes à la pharmacie. L’éducation est essentielle pour faire comprendre aux patients l’importance de choisir des gouttes conçues spécifiquement pour la sécheresse oculaire, et non pas pour soulager la rougeur ou les symptômes d’allergies.

Lorsque l’on choisit un collyre contre la sécheresse oculaire, on devrait orienter les patients vers des gouttes à haute performance.


[i] Tu EY, Rheinstrom S, Chapitre 4.23 Dry Eye in Yanoff and Duker Opthamology, 3rd edition, ©2008 Mosby, tiré à part d’Elsevier.

[ii] Miljanovic B et al., Impact of dry eye syndrome on vision-related quality of life, Am J Ophthalmol , 2007; 143(3) : 409-15.

[iii] Walker PM et al., Visual function in normals compared to patients diagnosed with dry eye as measured by the inter-blink interval visual acuity decay (IVAD) test, présenté à l’ARVO 2007.

[iv] Manaviat MR et al., Prevalence of dry eye syndrome and diabetic retinopathy in type 2 diabetic patients. BMC Ophthalmol. 2008 ;2: 8-10.

[v] Tumosa N, Eye disease and the older diabetic, Clin Geriatr Med 2008; 24: 515-527.

[vi] Cousen P et al., Tear production and corneal sensitivity in diabetes. Diabetes Complications. 2007; 21(6): 371-3.

[vii] Yu L, Tear film function in type 2 diabetic patients with retinopathy, Ophthalmologica 2008; 222(4): 284-91.

[viii] Akinci A , Dry eye syndrome in diabetic children,  Eur J Ophthalmol  2007; 17(6): 873-8.

[ix] American Academy of Ophthalmology Cornea/External Disease Panel, Preferred Practice Patterns Committee. Dry eye syndrome. San Francisco (CA): American Academy of Ophthalmology (AAO); 2008. Consulté en ligne le 4 mars, 2010 : http://one.aao.org/CE/PracticeGuidelines/PPP_Content.aspx?cid=65b04ca6-a26d-4454-b27b-46aed841334d.

[x] Creuzot C et al., Improvement of dry eye symptoms with polyunsaturated fatty acids. J Fr Ophtalmol 2006; 29(8): 868-73.

[xi] Miljanovic B et al., Relation between dietary n-3 and n-6 fatty acids and clinically diagnosed dry eye syndrome in women. Am J Clin Nutr 2005; 82(4): 887-93.

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Á propos de l'auteur

Docteur Marino Discepola est professeur adjoint à l’Université McGill et membre du personnel du centre universitaire de santé McGill, ainsi que de l’hôpital St-Mary’s à Montréal. Il se spécialise dans la chirurgie du segment antérieur de l’œil. Docteur Discepola est superviseur du programme de cours facultatifs des étudiants en médecine à l’hôpital Royal Victoria et membre du comité d’enseignement sur la cataracte. Il est membre du Collège royal des chirurgiens du Canada et diplômé de l’American Board of Ophthalmology. Docteur Discepola a publié plus de 25 articles dans des journaux revus par des pairs, notamment The Canadian Journal of Ophthalmology, Acta Ophthalmologica, Ophthalmology, Clinical Therapeutics et Ophthalmic Practice. Il donne aussi régulièrement des conférences à l’échelle internationale.

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