Le poids et la mesure: Près de la moitié de la population canadienne fait de l’embonpoint ou est obèse

Par Jacquie Jacquie Bird, RD, CDE posté dans Pour professionnels
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Près de la moitié de la population canadienne fait de l’embonpoint ou est obèse. L’embonpoint se définit par un IMC >25 et l’obésité par un IMC >30. L’obésité chez les enfants a presque doublé au cours des 20 dernières années, une statistique alarmante.

Ce n’est pas simplement une question de poids : il faut aussi prendre en considération où le poids est localisé, parce que ce facteur accroît le risque d’autres problèmes de santé. La personne a-t-elle la forme d’une « poire » ou d’une « pomme »?

Beaucoup d’entre nous savons que notre mode de vie, nos choix alimentaires malsains (aliments très raffinés, très riches en gras saturés, très riches en gras trans, salés ou prêts-à-servir), le manque d’exercice et l’augmentation du stress contribuent tous à cette épidémie. Les résultats des études nous le confirment, les données probantes existent. Qu’est-ce qui nous échappe? Pourquoi ne voyons-nous pas que nous faisons partie du problème?

Dans notre rôle d’éducatrices et d’éducateurs, devons-nous réévaluer la façon dont nous diffusions les messages en faveur d’un mode de vie sain? Ces messages sont-ils trop vagues, trop sérieux ou pas assez sexy? Nous savons que les solutions miracle ne marchent pas : que faisons-nous pour convaincre nos clients de cette réalité?

On croyait par le passé que les adultes ne pouvaient pas « produire » un plus grand nombre de cellules adipeuses, mais la recherche nous démontre maintenant le contraire : notre organisme peut, à l’âge adulte, fabriquer plus de cellules adipeuses, et le fait lorsque nous ingérons plus de calories que nous n’en brûlons. Tout d’abord, nos cellules adipeuses deviennent plus grosses. Lorsqu’elles ont atteint le point de saturation, pour ainsi dire, l’organisme se met à produire d’autres cellules adipeuses et lorsque ces cellules n’ont plus assez de place dans les endroits où elles sont logées, elles migrent vers divers organes tels que le cœur, le foie et les muscles. Lorsque nous essayons de perdre du poids, nous pouvons seulement réduire la grosseur des cellules adipeuses. Il nous est impossible d’en réduire le nombre : c’est un problème dont il faut tenir compte dans la gestion du poids à long terme.

Autrefois, on croyait aussi que la graisse était une substance inerte. Toutefois, on sait maintenant que le tissu adipeux est un organe endocrinien actif. La graisse, et surtout la graisse présente dans l’abdomen, affecte notre capacité à perdre du poids. Elle accroît le risque de certains cancers et peut donner lieu à la résistance à l’insuline qui, à son tour, nous prédispose à l’hypertension artérielle, au pré-diabète, au diabète et aux maladies coronariennes.

D’innombrables suggestions ont été formulées pour nous aider à adopter un mode de vie sain et maintenir un poids santé. Ceci dit, nous devons examiner ces recommandations dans une optique réaliste. Prenons, par exemple, la fourchette de distribution acceptable des macronutriments (FDAM) :

  • Glucides : 45-60% (total des calories ingérées)
  • Protéines : 10-35 %
  • Matières grasses : 20-35 %, réparties comme suit :
    • Cholestérol : <300 mg/jour
    • Taux élevés de triglycérides : cholestérol à < 200 mg/j
    • Acides gras oméga-3 : (AAL, EPA, DHA) : 0,6-1,2 %
    • Acides gras oméga-6 : 5-10 % du total des acides gras oméga

S’il est vrai que les diététistes ont besoin de posséder ces connaissances cliniques, pour bien des gens toutes ces données sont trop vagues et dépourvues de sens. Combien d’entre nous voient nos clients nous demander, le regard hébété, de leur dire simplement quoi manger ou de leur remettre une liste des aliments qui sont « bons » ou « mauvais » pour la santé.

Les clients nous arrivent avec toutes sortes de mythes et de renseignements erronés qu’ils ont recueillis sur Internet, dans les journaux à sensation ou auprès de voisins ou d’amis bien intentionnés. En plus de leur enseigner de nouvelles notions, nous devons dissiper les mythes entourant la perte de poids, les diètes miracles et les suppléments amaigisseurs.

Il y a une quantité énorme d’information juste et d’information fausse en circulation. Dans certains cas, ce sont des mythes, comme les aliments auxquels on attribue des propriétés miraculeuses absolument farfelues pour la perte de poids, sans que ces faits ne soient appuyés par la recherche scientifique.

Prenons l’exemple des aliments suivants, dont on a vanté les mérites pour la perte de poids (cette liste est loin d’être exhaustive) :

– Les amaigrisseurs dits « naturels » : canneberges, suppléments à base d’algues marines, oignon, ananas et pamplemousse;
– Les amaigrisseurs « herbologiques » : Ma Huang (éphédrine), ginseng, guarana, hoodia, hydroxyacide citrique, L-carnitine, réglisse naturelle, gomme de guar, acide linoléique conjugé (ALC), excès de fibres, thé vert, orange amère, chitosane (comme bloquant de la graisse); chrome, ephedrasil, acide usnique.

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Jusqu’à présent, aucune étude ne démontre que tous ces produits sont amaigrissants. Certains, comme l’éphédrine, sont carrément dangereux.

Les Canadiennes et Canadiens dépensent des milliards de dollars pour acheter des suppléments. Beaucoup se plaignent du coût élevé des aliments sains. Nous savons que le message sur l’importance d’un mode de vie sain ne passe pas. Pourquoi se fait-il que tant de Canadiennes et de Canadiens préfèrent dépenser une fortune pour acheter des suppléments (dont la valeur n’est pas prouvée) tout en se plaignant du coût élevé des aliments sains?

Nous avons le devoir de fournir à nos clients des ressources fiables et crédibles en nutrition et de leur proposer des façons pratiques d’intégrer ces messages dans leur mode de vie.

Dans notre travail d’éducation, nous devons faire appel à la participation du client, l’intéresser et susciter chez lui de l’enthousiasme pour le changement. Si nous voulons réduire le risque de coronaropathie, de cancer, de diabète et d’hypertension artérielle, nous devons transmettre l’information d’une manière telle que le client y adhèrera et en verra les avantages pour sa propre santé et sa propre qualité de vie. Les directives suivantes sur la nutrition et l’exercice sont très utiles aux éducatrices et éducateurs, et ils devraient encapsuler ces connaissances dans des messages simples, pratiques et faciles à comprendre:

  • Atteindre ou maintenir un IMC sain de ≤ 25
  • Atteindre ou maintenir un tour de taille sain : ≤ 90 cm chez les hommes, ≤ 80 cm chez les femmes
  • Abaisser la tension artérielle à 130/80
  • Abaisser les valeurs lipidiques, surtout le cholestérol LDL et le quotient cholestérol total/cholestérol HDL
  • Suivre les directives du Guide d’activité physique de Santé Canada : 10 000 pas ou de 30 à 60 minutes d’activité physique par jour
  • Pour les personnes pré-diabétiques ou diabétiques de type 2, maintenir la glycémie dans les plages normales
  • Bien manger avec le Guide alimentaire canadien :
    • Réduire la consommation de sel et d’aliments salés :
      • pour les personnes atteintes d’hypertension artérielle ≤ 1 500 mg de sodium/jour
      • pour les autres personnes ≤ 2 300 mg de sodium/jour
    • Réduire la consommation totale de graisse, consommer plutôt des graisses saines
    • Graisses saturées : ≤ 7 % du total des calories ingérées
    • Éviter les gras trans
    • Considérer ajouter au régime alimentaire des stérols/stanols provenant de plantes
    • Accroître l’ingestion de fibres alimentaires :
      • pour les diabétiques : 25-50 g/jour
      • pour les autres personnes : 25-35 g/jour
    • Fibres solubles : 5-10 g/jour (incluses dans les quantités plus haut)
    • 8 verres de liquides par jour
    • Limiter la consommation d’alcool : hommes : <14 verres par semaine, femmes : <9 verres par semaine

Ce qui motive le plus les clients à faire les changements nécessaires et à y adhérer, ce n’est pas seulement l’information que nous leur transmettons (et qui doit, bien sûr, être fondée sur des données probantes), mais aussi la manière dont nous transmettons cette information.

Si un client ne change pas après un certain nombre de sessions, ou s’il se bute à une difficulté, le conseiller doit réévaluer aussi bien son approche que les objectifs du client.

La voie était-elle correctement établie au départ? Les objectifs étaient-ils réalistes et réalisables? Les objectifs sont-ils ceux du client ou du conseiller? Les questions posées pour établir une histoire étaient-elles ouvertes ou le client y répondait-il par « oui » ou par « non »? Le client participe-t-il réellement à la conversation? Que révèle son langage corporel? Est-il assis les bras croisés? Quel message le langage corporel du conseiller donne-t-il? Le conseiller examine-t-il sa montre et tape-t-il des doigts? Est-ce qu’il écoute pour vrai? Manifeste-t-il de l’empathie pour le client ou souhaite-t-il en silence que le client se dépêche et finisse de raconter son histoire?

Après avoir répondu à ces questions et déterminé que la réponse n’est pas là, réévaluez dans quelle mesure le client est prêt à faire des changements et l’étape du changement à laquelle il se trouve. Si vous pensez qu’il est à « l’étape de l’action » mais qu’en réalité, il est seulement à « l’étape de la contemplation », votre perception et celle du client ne concordent pas et il vous faudra probablement tout recommencer à zéro. À vrai dire, c’est peut-être le moment d’avoir une conversation à cœur ouvert avec le client et de lui suggérer de manière attentionnée de revenir lorsqu’il sera prêt à aller de l’avant.

Supposons que le client et le conseiller voient du même œil la position du client face à la préparation au changement et à l’établissement des objectifs. Qu’est-ce qui vient après?

Transmettez l’information en termes simples, exprimez-vous à l’aide de phrases courtes et établissez un plan d’action. S’il y a lieu, demandez au client d’écrire ses propres objectifs plutôt que de le faire à sa place. Demandez au client de répéter l’information que vous lui donnez pour voir s’il a bien compris; vous serez peut-être surpris de constater qu’il n’a rien compris.

Avec la permission du client, ajoutez graduellement d’autres objectifs du côté de la saine alimentation et de l’activité physique. Prenez les objectifs compliqués, exprimez-les dans un langage simple et convivial, et utilisez des idées pratiques et faciles à comprendre. Si chacun de nous suit cette démarche, nous arriverons peut-être à renverser le cours de l’épidémie d’obésité au Canada.

 

Références

  1. Santé Canada. Bien manger avec le Guide alimentaire canadien, 2007.
  2. Les diététistes du Canada. Fats, The Good, the Bad and the Ugly, 2007.
  3. Fondation des maladies du cœur du Canada, 2008.
  4. Association canadienne du diabète. Lignes directrices de pratique clinique 2008.
  5. Lawson-Meyer, D. Enette. Vegetarian Sports Nutrition, 2007.
  6. Laflamme, M. et Lagacée, L. Good Fat Bad Fat. Toronto, Stoddart Publishing: 1995.
  7. Josephson, R. Nutrition on the Run. Vancouver, Douglas and McIntyre: 1997.
  8. Brand-Miller, J. et Powell, K. The Low GI Diet Revolution. New York, Marlowe and Co.: 2005.
  9. Davis, B. et Barnard, T. Defeating Diabetes. Tenessee. Healthy Living Publications: 2003.
  10. Vesanto, M. et Davis B. Becoming Vegetarian. Toronto, Wiley and Sons: 2003.
  11. Centre pour la science dans l’intérêt public. Nutrition Action Healthletter, octobre 2005, volume 32, numéro 8.
  12. Centre pour la science dans l’intérêt public. Nutrition Action Healthletter, septembre 2007, volume 34, numéro 7.
Á propos de l'auteur

Diététiste agréée, Jacquie Bird est également éducatrice en diabétologie depuis 20 ans. Elle travaille à temps plein au centre de santé intégrale de Penticton dans sa spécialité, le diabète pédiatrique. Son intérêt de longue date pour la nutrition sportive l’a emmenée à suivre le cours de diététique spécialisée en nutrition sportive à Canberra, en Australie. Quelques années plus tard, elle suit le programme de nutrition sportive du Comité International Olympique (COI) et en 2007, elle et 35 autres étudiants de l’étranger se voient décerner le diplôme de nutrition sportive au siège social du COI à Lauzanne, en Suisse.

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