Le diabète et les personnes âgées

Par Sheila Walker, RD, CDE, M.Ed posté dans Pour professionnels
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oldermanLe diabète est un problème qui prend de plus en plus d’ampleur chez les personnes âgées. On estime que 20 % des personnes âgées sont diabétiques lorsqu’elles atteignent l’âge de 75 ans (1). La population âgée étant très diversifiée, on retrouvera dans notre clientèle aussi bien des sexagénaires en santé et en forme grâce à de multiples injections quotidiennes, que des patients âgés frêles atteints de multiples comorbités qui vivent dans un centre d’hébergement. L’Association canadienne du diabète est d’avis que le terme « personne âgée » reflète un continuum qui commence après l’âge de 60 ans et qui est caractérisé par un affaiblissement lent et progressif qui continue jusqu’à la fin de la vie (2).

Un grand nombre de nos clients sont frustrés par le système de santé et se plaignent qu’on les ignore dans une large mesure, ce qui est probablement le cas tant à cause de leur âge qu’à cause du diabète. Il est important que nos rencontres avec eux soit aussi pertinentes que possible et qu’on les aide à sentir qu’ils ont la capacité et les compétences voulues pour gérer leur diabète. De plus, on ne peut surestimer l’importance du système de soutien des patients et dans bien des cas on conseille la famille élargie, qui peut comprendre les enfants, la conjointe ou le conjoint et les aidants.

Dans cet article, nous explorons le diabète chez les personnes âgées – les symptômes, le dépistage, la prévention, les complications, les autres préoccupations à l’égard de cette population, ainsi que les stratégie d’éducation.

Symptômes

Le diabète peut se présenter de bien des façons dans ce groupe d’âge. Il est possible que les symptômes classiques de la maladie, c’est-à-dire une soif accrue, un plus grand besoin d’uriner et une perte de poids inexpliquée, soient absents. Il y a parfois un changement de comportement et un changement de l’état cognitif ou fonctionnel (p. ex. chutes, incontinence, agitation, démence, délire et dépression) (1). Les patients peuvent aussi souffrir des complications du diabète. Leur diabète n’a peut-être pas été diagnostiqué pendant un bon moment, ce qui fait ressortir le besoin d’accroître le dépistage dans cette population. Chez environ le tiers des personnes âgées diabétiques, la maladie n’est pas diagnostiquée (1). On retrouve dans cette population le diabète de type 1 et de type 2. Les personnes minces présentent surtout une insuffisance de la sécrétion d’insuline provoquée par le glucose. Les patients obèses, quant à eux, présentent une résistance à l’insuline consécutive à une insuffisance insulinique, le scénario que l’on retrouve typiquement chez les diabétique de type 2 d’âge moyen.

Dépistage

L’Association canadienne du diabète (ACD) suggère de faire passer des tests de dépistage du diabète à l’aide de la glycémie à jeun tous les trois ans chez les personnes de 40 ans et plus et plus souvent chez les personnes présentant les facteurs de risque supplémentaires courants dans la population âgée –     maladies vasculaires, hypertension et dyslipidémie. Aux États-Unis, 90% des personnes âgées vivant dans des centres d’hébergement qui sont atteintes d’insuffisance coronarienne, d’accidents cérébrovasculaires et de maladies vasculaires périphériques sont également diabétiques (3).

Prévention

Les études ont démontré que chez les personnes présentant un risque élevé, des changements du mode de vie incluant une perte de poids modeste et de l’activité physique peuvent retarder de près de 60 % la progression du diabète de type 2. Pour une personne génétiquement susceptible, le vieillissement entraîne un risque élevé de diabète.

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De plus, on sait que certains médicaments font monter la glycémie. On pense aux bétabloquants, aux diurétiques thiazidiques, aux corticostéroïdes, à la niacine et à la pentamidine. Le pharmacien est un membre important de plus à inclure dans l’équipe de gestion du diabète.

Complications

Chez les personnes âgées, toutes les complications du diabète peuvent survenir à des taux plus élevés et avec un contrôle sous-optimal, y compris les complications suivantes :

  1. Insuffisance coronaire
  2. Néphropathie
  3. Problèmes de vision, y compris la rétinopathie, les cataractes et le glaucome
  4. Ostéoporose
  5. Neuropathie – cette maladie prédominante dans la population plus âgée diabétique peut causer  de la faiblesse musculaire et des déséquilibres de la démarche  et donner lieu à un risque plus grand de chutes et de fractures. Les études révèlent que les diabétiques âgés de 60 ans sont de 2 à 3 fois plus susceptibles d’être incapables de marcher ¼ de mille, de monter des escaliers et de faire des tâches ménagères (4). Seok Won Park (5) déclare que les personnes âgées diabétiques ont une perte accélérée de la force et de la qualité de l’appareil extenseur du genou, comparé aux non-diabétiques. Nous devons donc faire des suggestions appropriées pour l’activité physique.

Autres préoccupations concernant le diabète et les personnes âgées

  1. Polypharmacie – La plupart des patients âgés diabétiques de type 2 ont d’autres maladies (l’hypertension, par exemple) et prennent plusieurs médicaments, dont le nombre varie de 4 à plus de 10. Les résidents diabétiques vivant dans des centres d’hébergement ont tendance à avoir 6,4 diagnostics importants, contre 2,4 pour les résidents non diabétiques (3). La définition de la polypharmacie inclut la prescription, l’administration ou l’utilisation d’un nombre de médicaments plus élevé que ce dont la personne a besoin au point de vue clinique, les combinaisons de médicaments inappropriées et la prise de médicaments qui ne sont pas nécessaires (6). Good suggère que chez les patients âgés et plus frêles, il vaut mieux, lorsque c’est possible, ajouter des moyens non pharmacologiques plutôt qu’un nouveau médicament (p. ex. la physiothérapie pour la douleur aux genoux). Il convient également de faire un examen périodique de tous les médicaments et de garder à l’esprit que chez les patients âgés diabétiques, le contrôle strict de la glycémie n’est pas idéal.
  2. Démence – de plus en plus, on fait un lien entre la démence et le diabète. Une étude conclut que le diabète est associé avec un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer et de démence vasculaire, et que ce risque est plus élevé lorsque le diabète commence à la mi-vie plutôt qu’à la vieillesse (7). Il est donc essentiel de rendre le schéma posologique le plus simple possible et d’équilibrer un bon contrôle de la glycémie avec le risque d’hypoglycémie.
  3. La dépression est plus fréquente chez les personnes âgées diabétiques. L’évaluation des systèmes de soutien, le traitement des troubles du sommeil et le traitement approprié de la dépression sont utiles.
  4. Les personnes âgées frêles – Selon l’American Geriatric Society, un objectif moins strict de l’HbA1c de 8 % est approprié pour les adultes âgés frêles ayant une espérance de vie de moins de 5 ans et pour les personnes chez qui le contrôle intensif comporte plus de risques que d’avantages. La British Geriatric Society, pour sa part, établit un objectif de 8,5 % pour les adultes frêles. Les lignes directrices de l’ACD abondent dans le même sens, indiquant que « chez les personnes présentant de nombreux troubles de santé, une grande dépendance fonctionnelle et une espérance de vie limitée, les objectifs doivent être plus conservateurs et les cliniciens doivent tenter de prévenir l’hyperglycémie et l’hypoglycémie » (2). Chez les personnes âgées frêles, l’hyperglycémie peut entraîner un risque d’infection urinaire, de chutes, d’ulcères cutanés et de perte de poids, en plus de nuire au fonctionnement cognitif et à la guérison des plaies.
  5. Hypoglycémie – l’hypoglycémie est préoccupante chez les personnes âgées parce qu’elle peut nuire à la contre-régulation du glucose (dans laquelle interviennent le glucagon, l’épinéphrine et l’hormone de croissance) et entraîner une réduction des symptômes autonomiques d’avertissement. L’ACD recommande d’utiliser les sulfonylurés avec prudence et de privilégier l’utilisation d’insulines prémélangées parce qu’elles présentent un risque moins élevé d’erreur de dosage.

Enseigner aux personnes âgées

Beaucoup de nos patients bénéficieront d’un programme multidisciplinaire pour leur diabète. Les stratégies suivantes sont utiles :

  1. Les apprenants adultes veulent savoir comment utiliser des principes dans leur vie de tous les jours.
  2. Prenez les expériences des adultes comme point de départ. Cela peut contribuer à renforcer leur confiance en eux-mêmes. N’oubliez pas que beaucoup d’entre eux n’ont pas été sur des bancs d’école depuis longtemps.
  3. Tout au long d’une séance d’enseignement, sollicitez les commentaires des apprenants.
  4. Parlez clairement et à voix haute en faisant face à la classe. Utilisez un micro.
  5. Utilisez un vocabulaire clair. Évitez le jargon.
  6. Distribuez des notes imprimées en gros caractères.
  7. Enseignez pour tous les styles d’apprentissage. Utilisez des notes et un tableau, et prévoyez du travail de groupe pour les apprenants pratiques.
  8. Conseils pour les patients qui perdent la mémoire – ayez beaucoup de patience, faites des phrases courtes et simples, essayez de ne pas tester leur mémoire en posant des questions comme « Qu’est-ce ce que vous avez mangé au souper? », évitez les discussions, limitez les choix (p. ex. « Voulez-vous de la soupe ou de la salade? »)
  9. Le test du dessin de l’horloge (8) est un outil pratique de dépistage pour le fonctionnement cognitif qui permet d’évaluer les patients atteints de démence. Ce test peut servir à identifier les personnes pour qui les injections d’insuline posent des difficultés.

Sommaire

Les personnes âgées diabétiques forment un groupe diversifié, mais chaque patient a des besoins et des préoccupations uniques. Un bon contrôle de la glycémie peut avoir des avantages énormes, entre autres, un regain d’énergie et l’amélioration de la mémoire, de l’humeur, de la démence et de la qualité de vie. Par contre, l’hypoglycémie peut mettre en danger la vie du patient âgé atteint de démence qui vit dans un centre d’hébergement.

On s’attend à ce que le nombre de personnes ayant un diagnostic de diabète augmente de 156 % d’ici 2050, la plus grande augmentation étant prévue chez les personnes âgées de 75 ans et plus (1). Idéalement, si nous travaillons en équipes multidisciplinaires, nous pouvons offrir les meilleurs soins possibles aux patients et à la famille élargie. Il est important de se rappeler que lorsque nous enseignons aux personnes âgées, l’âge ne doit pas servir d’excuse pour compromettre le contrôle de la glycémie (1).

Références

  1. Schlater A. Diabetes in the Elderly: The Geriatrician’s Perspective. Can J Diabetes. 2003;27: 172-175.
  2.  Lignes directrices de pratique clinique 2008 de l’Association canadienne du diabète.
  3. Clement M, Leung F. Diabetes and the Frail Elderly in Long-term Care. Can J Diabetes. 2009; 33: 114-121.
  4. Frellick M. Diabetic Epidemic Among the Elderly. 2009. HealthKey.com.
  5. Seok Won Park, Goodpaster BH, Strotmeyer ES et al. Accelerated Loss of Skeletal Muscle Strength in Older Adults with Type 2 diabetes. Diabetes Care.2007;30: 1507-1512.
  6. Good C. Polypharmacy in Elderly Patients with Diabetes. Diabetes Spectrum.2002; 15: 240-248.
  7. Xu W, Qiu C, Gatz M et al. Mid- and Late-Life Diabetes in Relation to the Risk of Dementia. A Population Based Twin study. Diabetes .2009; 58: 71-77.
  8. Trimble LA, Sundberg S, Markham L et al. Value of the Clock Drawing Test to Predict Problems with Insulin Skills in Older Adults. Can J Diabetes. 2005; 29: 102-104.
Á propos de l'auteur

Sheila Walker RD, CDE, MEd est diététiste au Centre Sunnybrook des sciences de la santé à Toronto. Elle conseille les clients diabétiques de type 2 et les personnes à risque de développer le diabète. Atteinte de diabète de type 1 depuis 41 ans, elle est fermement convaincue des bienfaits d’un régime riche en fibres.

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