Le diabète et le sommeil

Par Sheila Walker, RD, CDE, M.Ed posté dans Pour professionnels
Modifié

Le manque de sommeil est considéré comme « la voie royale menant à l’obésité ». E.Van Cauter

Il n’y avol41a rien de pire que de rester éveillé toute la nuit, nuit après nuit. Pour beaucoup de nos patients, c’est pourtant une situation courante. Lorsque vous commencez à leur poser des questions sur leurs habitudes de sommeil, vous constatez que le manque de sommeil « rafraîchissant » présente un gros problème. Certains ont du mal à s’endormir, d’autres se réveillent souvent pendant la nuit et se sentent fatigués et somnolents le lendemain, pour ne mentionner que quelques-uns des troubles de sommeil mentionnés.

Quel est le lien entre le diabète et le sommeil? Une étude portant sur la réduction du sommeil chez des bénévoles en santé a révélé que, lorsque le taux de leptine, un facteur de satiété, diminue, l’hormone ghréline de stimulation de la faim augmente, ce qui entraîne un dérèglement du contrôle endocrinien de l’appétit (1). Les taux de leptine bas sont associés avec un état de besoin de glucides. Le sommeil dérangé peut donner lieu à un gain de poids, à une plus grande résistance à l’insuline et à un fonctionnement réduit pendant la journée. On a constaté que le diabète de type 2, les troubles du sommeil et de l’obésité augmentent tout en même temps. Il est probablement impossible de perdre du poids avant que le problème de sommeil n’ait été corrigé.

D’autres facteurs, dont ceux qui suivent, prédisposent les diabétiques à un risque plus élevé de troubles du sommeil :

1.  Apnée obstructive du sommeil (AOS)

L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est un problème courant chez les patients obèses et diabétiques. Ce trouble survient lorsque le passage aérien situé entre la langue et le palais mou s’affaisse pendant le sommeil. Cela entraîne une réduction du taux d’oxygène dans le sang, et la personne doit se réveiller pour que le passage aérien  s’ouvre à nouveau. Le mot « apnée » signifie « sans souffle ». Les études suggèrent que les patients atteints d’AOS ont un passage aérien plus petit et plus susceptible de s’affaisser. Ils peuvent arrêter de respirer des centaines de fois pendant la nuit et souvent pendant une minute ou plus. Par conséquent, ils ont un sommeil extrêmement fragmenté et de mauvaise qualité. Très souvent, ils ronflent fort et leurs ronflements sont entrecoupés de périodes de silence (apnées), mais ce n’est pas toujours le cas. Les facteurs de risque associés à l’AOS sont l’excès de poids, le sexe masculin, avoir plus de 40 ans, des antécédents familiaux d’AOS, le fait d’avoir un cou large (17 pouces de circonférence et plus) et un menton fuyant, des anomalies dans la structure des voies aériennes supérieures, le tabagisme, la consommation d’alcool et l’ethnicité (Afro-Américains, habitants des îles du Pacifique et Mexicains). L’obésité est considérée comme le plus important facteur de risque, puisque de 60 % à 90 % des adultes atteints d’AOS ont également un poids excessif. L’une des raisons pour lesquelles nous devons établir le lien entre l’obésité et le sommeil est que la taille du passage pharyngé chez les obèses est réduite en raison du tissu adipeux qui se trouve à l’intérieur de ce passage. Les femmes sont moins affectées par l’AOS parce que leur passage aérien fonctionne plus favorablement (2).

2.  Dépression

Environ 15 % des patients diabétiques sont atteints d’un trouble dépressif majeur. Les problèmes de sommeil sont très fréquents chez les diabétiques, atteignant environ 80 % de cette population. Ces personnes peuvent prendre plus de temps à s’endormir, ne pas avoir de sommeil profond ou en avoir très peu, et se réveiller souvent. L’alcoolisme entraîne aussi des difficultés à dormir.

3.  Neuropathie périphérique

La neuropathie périphérique peut causer des sensations de picotement, de brûlure et de douleur dans les pieds, et représenter une cause majeure de manque de sommeil.

4.  Syndrome des jambes sans repos

Il s’agit d’un trouble du sommeil qui cause une envie irrésistible de bouger les jambes, produisant une sensation de picotement, de traction ou de douleur dans les jambes. Ce syndrome est plus fréquent chez les diabétiques.

5.  Hypo et hyperglycémie

La peur de l’hypo ou de l’hyperglycémie, à elle seule, peut troubler le sommeil. L’hypoglycémie réveille la personne en causant des symptômes de faiblesse, des tremblements et de la faim. Dans certains cas (diabète de type 1), la personne ne se réveille pas au milieu de la nuit lorsqu’elle devient hypoglycémique.

Chez la personne qui ne contrôle pas bien son diabète, l’hyperglycémie peut la porter à se réveiller toutes les heures pour uriner.

Traitement de l’insomnie :

1.  Éducation sur l’hygiène du sommeil

  • Dormez autant que vous en avez besoin, mais sans trop dormir.
    • Évitez de vous forcer à dormir – allez au lit lorsque vous vous endormez.
    • Suivez un horaire de sommeil régulier – heures de coucher et de lever régulières.
      • Évitez la caféine lorsque l’après-midi est terminé.
    • Évitez de boire de l’alcool avant d’aller au lit (l’alcool semble faire qu’une personne s’endort plus vite mais qu’elle se réveille plus souvent et connaît un sommeil moins reposant).
    • Ne fumez pas, et surtout pas en soirée. La nicotine est un stimulant.
    • Vérifiez votre glycémie avant le coucher et prenez les mesures nécessaires pour éviter l’hypoglycémie.
    • Tenez votre chambre à une température confortable.
    • Au lit, ne regardez pas la télé, ne lisez pas et ne mangez pas.
    • Si vous ne vous endormez pas 30 minutes après être allé au lit, levez-vous, allez dans une autre pièce et pratiquez des techniques de relaxation. Contractez et détendez vos muscles alternativement. Respirez profondément. Répétez une phrase telle que « Je commence à m’endormir ».
    • Évitez de faire de longues siestes le jour.
    • Ne dormez pas sur un lit trop dur ou trop vieux. Remplacez votre matelas tous les 8 à 10 ans.
    • Faites au moins 20 minutes d’exercice par jour, et idéalement de 4 à 5 heures avant d’aller au lit.

2.   Yoga Nidra

Cette forme de yoga permet de prendre conscience de l’état de sommeil profond. Le Yoga Nidra est pratiqué par les soldats atteints du syndrome de stress post-traumatique. Il met l’accent sur la respiration et la relaxation plus que sur des postures revigorantes, et peut aider à réduire l’insomnie.

3.  Contrôle cognitif/psychothérapie

Cette approche peut nous aider à identifier les attitudes et les croyances qui nuisent au sommeil. L’idée est de surmonter les pensées négatives et de promouvoir des pensées positives. Par exemple, plutôt que d’aller au lit avec des inquiétudes, on apprend à bloquer un « moment dans la journée pour s’inquiéter ». L’imagerie guidée et la visualisation peuvent aussi être utilisées.

4.  Médicaments

On suggère de combiner l’éducation sur le sommeil avec la prise de médicaments.

A.  Les somnifères à base de plantes médicinales, comme Ambesleep, par exemple, sont vendus en ligne et contiennent certains ingrédients tels que la valériane et la mélatonine. Si vos patients consomment de tels produits, ils devraient s’assurer que les produits ont un numéro d’identification du médicament (NIM), un numéro de produit naturel (NPN) ou un numéro de médicament homéopathique (NIM-HM). Ces numéros indiquent que les produits sont homologués et que leur usage est autorisé au Canada.

PUBLICITÉ

B.  La mélatonine est parfois utilisée pour corriger certains troubles du rythme circadien attribuables, par exemple, au décalage horaire ou au travail par quarts.

C. Les somnifères en vente libre contiennent habituellement des antihistaminiques.

D. Les médicaments sur ordonnance : parmi les plus courants, on retrouve les suivants :

Ambien – aide à s’endormir rapidement. Disponible sous forme de comprimés à libération prolongée et de vaporisateur oral (Zolpimist).

Lunesta – aide à s’endormir rapidement.

Sonata – somnifère à la durée d’activité la plus courte.

Benzodiazépines – les somnifères plus anciens, tels que Halicon et Restoril, restent dans l’organisme plus longtemps et causent une dépendance.

Antidépresseurs – tels que le trazodone, servent à traiter l’insomnie causée par la dépression.

Pour plus de renseignements, consultez l’Internet.

Traitement de l’apnée obstructive du sommeil (AOS)

Il existe au Canada un grand nombre de laboratoires du sommeil qui évaluent les patients et font une étude de leur sommeil. L’un des outils utilisés pour les tests est le polysomnogramme (PSG), qui enregistre les changements biophysiologiques au cours du sommeil. Cette méthode est considérée comme l’étalon-or pour l’étude du sommeil. Le patient est branché à au moins 22 fils qui mesurent, entre autres, l’EEG, le flux d’air, les mouvements du menton, les mouvements des jambes, la fréquence et le rythme cardiaques, la saturation en oxygène et les mouvements de la paroi de la cage thoracique. L’étude du sommeil permet de déterminer l’index apnées-hypopnées (IAH). L’IAH correspond au nombre total d’apnées et d’hypopnées, divisé par la quantité totale de sommeil au cours de l’étude. Les hypopnées sont des épisodes de respiration excessivement légère. Les résultats de l’AOS sont exprimés comme suit :

1-15 = Faible

15 30 = Modérée

30 ou plus = Sévère

Le PSG indique également quand le patient se trouve dans le sommeil avec mouvement oculaire rapide (MOR). Le sommeil comporte 4 étapes, caractérisées par l’absence ou la présence de MOR. La quantité de sommeil avec MOR augmente à mesure que la nuit progresse, et le MOR représente le sommeil le plus profond. Le MOR survient quatre ou cinq fois au cours d’une période de sommeil normale de 8 à 9 heures. Le sommeil sans MOR est aussi connu sous le nom de sommeil à ondes lentes, considéré comme le sommeil le plus réparateur.

L’AOS est traitée au moyen de la ventilation spontanée en pression positive continue (CPAP). Le patient porte un masque facial ou nasal pendant qu’il dort. Ce masque est relié à une pompe qui fournit un flux d’air positif dans les voies nasales pour garder la voie aérienne ouverte. Certains patients trouvent le masque inconfortable. Les effets secondaires de ce traitement sont la congestion nasale, la douleur aux yeux, les maux de tête et le ballonnement abdominal. Il faut de 2 à 12 semaines pour s’habituer à l’appareil. Moins de la moitié des patients cessent le traitement.

Perte de poids

Une étude a démontré que chez les diabétiques de type 2 qui sont obèses, une perte de poids de 10 kg ou plus est le facteur qui a le plus d’impact sur l’AOS.

En résumé

Il est important de diagnostiquer et de traiter les problèmes de sommeil chez les patients diabétiques. Les troubles du sommeil peuvent devenir envahissants, rendre la gestion du diabète beaucoup plus difficile et réduire considérablement la qualité de vie. On estime que de 85 % à 90 % des personnes souffrant de troubles du sommeil n’ont pas encore reçu de diagnostic. Les groupes présentant un risque élevé de troubles du sommeil sont les personnes âgées, les personnes qui travaillent par quarts et les femmes ménopausiques. Les éducateurs en diabétologie peuvent jouer un rôle clé en posant les questions nécessaires et en travaillant avec l’équipe de services de santé pour aider les patients à obtenir l’aide dont ils ont besoin.

Références

1.Knutson KL, Van Cauten E. Association between sleep loss and increased risk of obesity and diabetes. Ann NY Acad Sci. 2008;1129:287-304.

 2.Mohsenin V.  Gender differences in the expression of sleep-disordered breathing: role of upper airway dimensions.Chest.2001;120(5):1442-7.

3.Foster GD et al. A randomized study on the effect of weight loss on obstructive sleep apnea among obese patients with type 2 diabetes: the sleep AHEAD study. Arch Intern Med.2009;169(17):1619-26

Á propos de l'auteur

Sheila Walker RD, CDE, MEd est diététiste au Centre Sunnybrook des sciences de la santé à Toronto. Elle conseille les clients diabétiques de type 2 et les personnes à risque de développer le diabète. Atteinte de diabète de type 1 depuis 41 ans, elle est fermement convaincue des bienfaits d’un régime riche en fibres.

Leave A Response