Le diabète et l’activité physique: revue rapidement les recommandations actuelles concernant

Par Sheila Walker, RD, CDE, M.Ed posté dans Activité physique Pour professionnels
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Gym, Fitness, healthy lifestyleNous savons que l’activité physique régulière a de nombreux bienfaits pour la santé des personnes diabétiques. On constate, notamment, une amélioration de la qualité de vie et une réduction importante des facteurs de risque de maladie cardio-vasculaire et de mortalité. Malgré cela, un grand nombre de nos clients demeurent inactifs. Une étude récente portant sur les patients diabétiques âgés de plus de 50 ans révèle que 54 % d’entre eux n’étaient pas en conformité avec les lignes directrices concernant l’activité physique (1). Il convient également de noter que dans ce groupe inactif, 25 % des personnes surestiment la quantité d’activité physique qu’elles font.

Dans cet article, nous allons passer en revue rapidement les recommandations actuelles concernant l’activité physique, les obstacles à ces recommandations et les lignes directrices applicables aux patients diabétiques atteints de complications du diabète. Enfin, nous allons proposer certaines solutions possibles pour aider nos clients à devenir plus actifs.

Recommandations actuelles

Les Lignes directrices de pratique clinique 2008 de l’Association canadienne pour le diabète recommandent ce qui suit :

  1. Les personnes diabétiques doivent faire des exercices aérobiques modérés ou intenses au moins trois jours par semaine pour cumuler au moins 150 minutes d’exercices et ne pas rester inactives plus de deux jours de suite.
  2. Il faut encourager les personnes diabétiques à faire des exercices contre résistance trois fois par semaine.

Cela représente beaucoup d’activité physique pour une population qui a tendance à être inactive.

Les raisons derrière ces recommandations :

  1. 1.    Exercices aérobiques

Pendant l’exercice modéré, les muscles utilisent le glucose dans le sang. Bien que le foie produise le glucose, la glycémie a tendance à baisser lorsque les muscles utilisent une plus grande quantité de glucose que la quantité produite par le foie. Les muscles ont besoin de glucides comme carburants de l’activité musculaire. Les taux d’insuline plasmatique baissent également si bien que le risque d’hypoglycémie est très bas chez les personnes qui ne prennent pas d’insuline ou de sécrétagogues de l’insuline.

Dans un exposé de principe conjoint portant sur le diabète de type 2 et l’exercice, les auteurs disent « qu’une seule séance d’exercices aérobiques peut améliorer la tolérance au glucose pendant plus de 24 heures, mais moins de 72 heures » (2). Les auteurs ajoutent également que « les effets de l’activité physique sont semblables si l’on fait de l’exercice au cours d’une seule séance ou au cours de multiples séances plus courtes dont la durée totale est la même qu’une seule séance ».???

Il convient toutefois de souligner que la glycémie a tendance à monter pendant les séances d’exercice intense en raison de la hausse du taux de catécholamine. Cette hausse peut durer d’une à deux heures.

  1. 2.    Exercice contre résistance

Les effets de l’exercice contre résistance chez les diabétiques de type 2 sont inconnus (2). On sait toutefois que l’exercice contre résistance peut faire baisser la glycémie à jeun pendant au moins 24 heures chez les personnes présentant une hyperglycémie modérée à jeun.

  1. 3.    Exercices aérobiques combinés avec des exercices contre résistance

On croit qu’il est plus efficace de combiner les exercices aérobiques avec les exercices contre résistance plutôt que de pratiquer chacun de ces types d’exercice séparément. Les exercices contre résistance ont certainement pour effet d’augmenter la masse musculaire et, par conséquent, d’accroître le captage du glucose. Colbert et ses collègues (2) suggèrent toutefois d’interpréter avec prudence ce qu’est l’entraînement combiné, parce que les études prévoyaient une plus grande durée de l’exercice ainsi qu’une dépense calorique totale plus élevée (2). Il faudra donc faire plus d’études pour trouver le meilleur programme de forme physique.

Facteurs qui empêchent ou facilitent l’activité physique

Certaines études examinent les facteurs qui empêchent ou qui facilitent l’exercice chez les diabétiques de type 1 et de type 2.

Type 1

Une étude a examiné les obstacles à l’activité physique chez les patients atteints de diabète de type 1 (3). Dans un groupe de 100 patients diabétiques de type 1, l’obstacle le plus important à l’exercice était la peur de l’hypoglycémie, suivie de l’horaire de travail, de la crainte de perdre le contrôle du diabète et de la mauvaise forme physique. Il est vrai qu’il peut être extrêmement difficile de gérer à la fois le diabète de type 1 et l’exercice

Les auteurs de l’étude s’entendent pour dire que, si l’on veut aider les patients diabétiques de type 1 à devenir plus actifs, il serait utile de les éduquer sur la pharmacocinétique de l’insuline et d’adopter des stratégies convenables pour réduire l’hypoglycémie le plus possible.

Il convient de souligner qu’une étude à laquelle ont participé 764 patients diabétiques de type 1 a révélé que le plus important facteur de peur de l’hypoglycémie était la fréquence de l’hypoglycémie sévère (5).???

Fait intéressant, une étude s’est penchée sur le fait de faire de l’entraînement contre résistance avant de faire des exercices aérobiques chez les patients diabétiques de type 1 (6). L’étude a examiné 12 patients et révélé que, lorsque l’entraînement contre résistance est effectué en premier, il améliore la stabilité de la glycémie et réduit la durée et la sévérité de l’hypoglycémie après la séance d’exercice. L’étude comportait toutefois un petit échantillon et la séance d’exercice prévoyait 45 minutes d’entraînement contre résistance, suivies de 45 minutes d’exercices aérobiques. Pouvons-nous appliquer ces résultats à nos patients? Ma propre séance d’exercices inclut 15 minutes de résistance et 30 minutes d’exercices aérobiques, et l’ordre dans lequel tous ces exercices sont effectués ne semble pas faire de différence.

Type 2

Facteurs qui facilitent l’activité physique

Les études ont démontré que les facteurs suivants facilitent l’activité physique : la proximité à des installations agréables ou un endroit sécuritaire où marcher, une plus grande autoefficacité (ce qui dénote la confiance en sa propre capacité de faire de l’exercice) et le réseau de soutien social. Il semble que les médecins donnent des conseils ou des recommandations sur l’activité physique en moyenne à 18 % des patients en cabinet (2). Les services de counseling de soutien et de résolution des problèmes liés aux obstacles à l’activité physique donnés par des professionnels de la santé peuvent aider à motiver les patients. Un grand nombre de nos patients préfèrent marcher, et les programmes fondés sur l’utilisation d’un pédomètre peuvent s’avérer efficaces.

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D’autre part, certaines comorbidités peuvent faire dérailler les patients dans leurs efforts pour faire de l’activité physique (4).

Complications du diabète

Néphropathie et microalbuminurie

L’exercice peut améliorer le fonctionnement physique et la qualité de vie des patients atteints de néphropathie. L’exercice peut toutefois augmenter la microalbuminurie parce que la tension artérielle augmente, mais cela ne signifie pas qu’il faille arrêter complètement de faire de l’exercice (2).

Rétinopathie

Les personnes atteintes de rétinopathie proliférante non contrôlée devraient éviter les activités physiques qui font augmenter beaucoup la pression intra oculaire et le risque d’hémorragie (2).

Maladie cardiovasculaire

Une maladie du cœur connue ne constitue pas une contre-indication à l’activité physique. Les personnes atteintes d’angine classifiée comme étant un risque moyen ou élevé devraient commencer à faire de l’exercice sous supervision dans un centre de réadaptation cardiaque.

On conseille à toute personne atteinte de maladie artérielle périphérique de faire de l’exercice (2).

Neuropathie périphérique

Les personnes qui n’ont pas d’ulcération active peuvent faire de l’exercice de port de poids modéré. Les études démontrent que la marche à intensité modérée n’augmente pas le risque d’ulcères du pied chez les personnes atteintes de neuropathie périphérique (2).

Une étude a montré que l’entraînement à l’équilibre, chez les diabétiques de type 2 plus âgés, peut réduire le risque de chutes (7).

Hyperglycémie

Les personnes qui ont une glycémie élevée (>16,7 mmol/L) peuvent faire de l’activité physique si elles se sentent bien et qu’elles sont bien hydratées. L’hyperglycémie n’est pas une contre-indication, comme dans le cas du diabète de type 1 (2).

Prévention du diabète

L’activité physique régulière peut prévenir ou retarder le diabète de type 2 (2). Plus la personne fait d’activités, plus l’activité physique prévient le diabète (2). Dans le programme de prévention du diabète, les modifications apportées au mode de vie (objectifs diététiques et de perte de poids et 150 minutes d’activités aérobiques par semaine), on réduit le risque de diabète de 58 %.

Une nouvelle étude révèle (8) que l’entraînement aux poids, à lui seul (30 minutes par jour x 5 jours par semaine), a réduit le risque de diabète de type 2 de 34 %. L’entraînement aux poids représente une autre possibilité pour les personnes qui ne font pas d’activités aérobiques. Dans cette étude, la combinaison d’entraînement aux poids et d’activités aérobiques a réduit le risque de diabète de 59 %.

Comment aider nos patients à devenir plus actifs

  1. Nous pouvons encourager nos patients à bouger plus au cours de la journée. Une étude a démontré que les personnes obèses restent assises 2,5 heures de plus que les personnes minces (2). Chez les personnes minces, l’activité physique se manifeste par des marches de courte durée. Le pédomètre peut aider les patients à établir des objectifs. Certaines idées simples, telles que marcher tout en parlant au téléphone, peuvent être utiles.
  2. Le mot « exercice » peut avoir des connotations très négatives pour un grand nombre de nos patients. Il est bon de leur présenter l’exercice d’une façon positive et d’y ajouter un facteur d’agrément.
  3. Encouragez les gens à faire de l’activité physique douce ou modérée parce que c’est le meilleur moyen de maintenir un régime d’activité physique régulier (2). On peut penser, par exemple, à suggérer à certains de nos patients de ne faire que cinq ou 10 minutes d’exercice par jour.
  4. De toute évidence, un grand nombre de nos patients fonctionnent mieux dans un milieu supervisé. On peut considérer de recommander à nos patients de suivre un programme de réadaptation ou d’aller à un gymnase où il y a des entraîneurs personnels. Les patients qui sont inactifs en raison de douleurs articulatoires pourraient, pour leur part, consulter un physiothérapeute.
  5. Pourquoi pas ajouter un Fido à la famille? Les propriétaires de chiens qui promènent leurs chiens retirent de cette activité de nombreux bienfaits pour la santé (9).
  6. C’est un fait reconnu qu’il est plus facile de motiver une personne qui n’est pas encore diabétique qu’une personne atteinte d’une maladie chronique (2).

Sommaire

L’activité physique est une composante importante de la gestion du diabète. Il faut évaluer chaque patient pour déterminer les facteurs qui l’empêchent de faire de l’exercice et ceux qui le motivent. La plupart des patients sont capables de faire une forme quelconque d’activité physique et l’éducatrice ou l’éducateur en diabétologie est probablement la personne idéale pour entamer cette discussion.

Références

  1. Janevic MR et al. Overestimation of physical activity among a nationally representative sample of underactive individuals with diabetes. Med Care 2012; 50(5):441-5.
  2. Colberg SR et al. Exercise and Type 2 Diabetes. The American College of Sports Medicine and the American Diabetes Association joint position statement. Diabetes Care 2010; 33(12): e147-e167.
  3. Brazeau AS et al. Barriers to physical activity among patients with type 1 diabetes: Diabetes Care 2008; 31(11): 2108-9.
  4.  Casey D et al. Understanding physical activity facilitators and barriers during and following a supervised exercise programme in Type 2 diabetes: a qualitative study. Diabet Med. 2010;27(1):79-84.    
  5. Anderbro T et al. Fear of hypoglycemia in adults with type 1 diabetes. Diabet Med. 2010; 27(10):1151-8.
  6. Yardley JE et al. Effects of performing resistance exercise before versus after aerobic exercise on glycemia in type 1 diabetes. Diabetes Care 2012; 35(4): 669-75.
  7. Morrison S et al. Balance training reduces falls risk in older individuals with type 2 diabetes. Diabetes Care 2010;33(4): 748-750.
  8. Grontved A et al. A Prospective study of weight training and risk of type 2 diabetes mellitus in men. Arch Intern Med. 2012. Published online Aug. 06.
  9. Lentino C et al. Dog walking is associated with a favourable risk profile independent of moderate to high volume of physical activity. J. Phys Act Health 2012; 9(3): 414-20
Á propos de l'auteur

Sheila Walker RD, CDE, MEd est diététiste au Centre Sunnybrook des sciences de la santé à Toronto. Elle conseille les clients diabétiques de type 2 et les personnes à risque de développer le diabète. Atteinte de diabète de type 1 depuis 41 ans, elle est fermement convaincue des bienfaits d’un régime riche en fibres.

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