La conduite automobile et le diabète: Un risque accru d’accidents de véhicules automobiles

Par Sheila Walker, RD, CDE, M.Ed posté dans Mode de vie sain Pour professionnels
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driverLa conduite automobile et le diabète

Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la question, j’ai demandé à un ami au gymnase ce qu’il pensait de la conduite automobile quand on est diabétique. D. est un homme de 73 ans en bonne forme qui a reçu un diagnostic de diabète de type 1 il y a 5 ans. Il a pris l’air sérieux et il a immédiatement répondu qu’il était très important pour lui d’effectuer des contrôles fréquents pour assurer sa sécurité sur la route. Il tient à ses randonnées en voiture en France tous les étés, et le suivi des tendances de sa glycémie au cours de la journée fait simplement partie de sa nouvelle vie avec le diabète.

Tous nos clients diabétiques font-ils preuve d’autant de prudence vis-à-vis de la conduite automobile? Les éducateurs en diabétologie sont dans une position idéale pour encourager les clients à adopter certains comportements susceptibles de les aider à conduire sans danger.

L’objectif du présent article est de présenter les préoccupations associées à la conduite automobile pour les diabétiques, l’exposé de principe et les directives de l’Association canadienne du diabète (CDA) sur la question et les stratégies que les éducateurs en diabétologie peuvent utiliser pour aborder la question avec leurs patients.

Les clients diabétiques présentent-ils un plus grand risque d’accident de la route?

En bref, oui. Beaucoup d’études le prouvent. Un examen récent de la littérature scientifique publiée (1) entre 1965 et 2010 suggère que le diabète est associé à un risque accru d’accidents et d’infractions. Les auteurs estiment qu’à mesure que le risque de diabète continue d’augmenter, ces résultats devraient nous encourager à trouver de nouvelles façons d’améliorer la sécurité des conducteurs diabétiques. Il faut noter que les auteurs indiquent que le risque d’accidents et d’infractions est peut‑être sous‑estimé du fait que beaucoup d’études n’ont pas pris en compte le kilométrage. La CDA avait prévenu qu’en 2010, 1 Canadien sur 3 souffrirait de diabète ou de prédiabète.

Selon l’exposé de principe de l’American Diabetes Association (ADA) sur le diabète et la conduite automobile (2012), le risque d’accident de la route est de 12 % à 19 % plus élevé chez les personnes qui ont le diabète que chez les personnes qui ne l’ont pas (2). Une étude précédente (3) effectuée aux États-Unis rapporte que le risque d’accident reste plus élevé chez les diabétiques que chez les autres, quel que soit leur âge. Une forte corrélation est établie entre l’hypoglycémie grave et les accidents à tous les âges.

Les préoccupations suscitées par le diabète sont les suivantes :

  1. Hypoglycémie
  2. Complications du diabète

1.    Hypoglycémie – L’hypoglycémie semble être le facteur majeur dans l’augmentation du risque d’accident de la route. L’objectif de la gestion du diabète a été d’atteindre, avec le moins de problèmes possible, des glycémies proches de la normale. Il est évident que cet objectif est déterminé individuellement pour chaque patient en fonction d’un grand nombre de facteurs. Les études indiquent que les complications du diabète sont directement liées au contrôle de la glycémie. L’envers de la question, bien sûr, est l’augmentation du risque d’hypoglycémie et de non-reconnaissance de l’hypoglycémie. Dans une étude canadienne comportant un examen des archives ministérielles sur les accidents des patients diabétiques (4), trois facteurs étaient associés à l’augmentation des risques, à savoir un taux d’HbA1c plus bas (7,4 % contre 7,9 %), des antécédents d’hypoglycémie grave nécessitant une intervention de l’extérieur (quatre fois plus de risques) et un diagnostic de diabète à un âge plus avancé.

Une autre étude (5) comparait la décision de conduire chez des patients diabétiques de type 1 qui savaient reconnaître l’hypoglycémie avec des patients de type 1 qui ne savaient pas bien reconnaître l’hypoglycémie. La reconnaissance de l’hypoglycémie était mesurée par les niveaux d’épinéphrine et par un score des symptômes pendant l’hypoglycémie. Au cours de cette expérience, la glycémie était réduite par clamp hyperinsulinémique à 2,7 mmol/L. Les résultats ont démontré, avec l’utilisation d’un simulateur de conduite, que 42,9 % des personnes qui ne savaient pas bien reconnaître l’hypoglycémie avaient décidé de conduire avec une glycémie basse. Également inquiétants étaient les 25 % de patients diabétiques de type 2 traités par voie orale qui savaient reconnaître l’hypoglycémie et qui ont également décidé de conduire avec une glycémie basse.

D’autres résultats sur la conduite en état d’hypoglycémie ont été apportés par une étude effectuée en 2009 (6). Dans trois centres américains, des conducteurs (n = 452) ayant le diabète de type 1 ont été interrogés sur leurs « incidents » de conduite au cours d’une période de 12 mois. Les incidents comprenaient les collisions, les contraventions, la perte de contrôle, la conduite automatique, la reprise du volant par une autre personne et la conduite en état d’hypoglycémie modérée ou grave. Cinquante-deux pour cent des conducteurs ont déclaré au moins un incident associé à l’hypoglycémie et 5 % en ont déclaré 6 ou plus. Les incidents étaient liés au nombre de kilomètres parcourus, aux antécédents d’hypoglycémie grave et à l’utilisation de la thérapie par pompe à insuline. Les patients qui utilisaient la pompe à insuline présentaient 35 % de plus de risques d’incidents de conduite liés à l’hypoglycémie que ceux qui étaient traités par injections d’insuline.

On peut se demander pourquoi certains patients décident de conduire bien qu’en état d’hypoglycémie. Une recherche (7) a permis de découvrir, dans un test de conduite simulée, qu’il y a un sous-groupe de patients de type 1 qui sont plus vulnérables à l’hypoglycémie car ils produisent moins d’épinéphrine lorsque leur glycémie baisse. Ils souffrent également de plus de symptômes pendant l’euglycémie si bien qu’ils reconnaissent plus difficilement l’hypoglycémie quand ils conduisent.

2.  Complications du diabète qui peuvent avoir un effet sur la conduite automobile

  1. Les yeux : Cela peut comprendre la rétinopathie et la formation de cataractes, qui peuvent causer une perte de l’acuité visuelle, une perte de la vision périphérique et une mauvaise adaptation à l’obscurité. On note qu’il y a une immense variabilité dans les changements visuels causés par le diabète et que chaque patient doit être évalué individuellement. L’âge peut également causer une réduction de la vision nocturne et des difficultés pour juger de la vitesse et de la distance (ministère des Transports).
  2. Neuropathie – Cela peut se manifester par une perte des sensations dans les mains ou les pieds, ou les deux, ce qui peut altérer l’aptitude à conduire avec prudence.
  3. Le syndrome d’apnée obstructrices du sommeil peut atteindre 23 % chez les personnes diabétiques (Fédération internationale du diabète).

Position de la l’Association canadienne (ACD)du diabète sur le diabète et la conduite automobile (site Web de l’ACD)

L’exposé de principe de l’ACD (2011) énonce que les personnes diabétiques ont le droit d’être évaluées individuellement pour obtenir un permis de conduire, conformément aux de l’ACD, pour la conduite privée et commerciale.

L’ACD estime qu’une personne diabétique ne devrait pas avoir de difficulté à obtenir et à conserver un permis si :

  • elle gère son diabète correctement;
  • elle est capable de reconnaître et de traiter les premiers signes d’hypoglycémie; et
  • elle ne présente pas de complications qui peuvent altérer son aptitude à conduire.
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On doit déclarer le diabète aux bureaux de délivrance des permis de conduire automobile.

Le médecin traitant est tenu de déclarer toute personne qu’il juge inapte à la conduite automobile. Cela peut comprendre :

  • un client dont le diagnostic est récent et qui vient de commencer une insulinothérapie;
  • une personne qui ne sait pas reconnaître les premiers symptômes de l’hypoglycémie;
  • une personne qui vient d’avoir une grave réaction hypoglycémique;
  • une personne qui ne gère pas son diabète de façon responsable.

Les bureaux de délivrance des permis de conduire ont le pouvoir de suspendre le permis de conduire d’une telle personne.

La Section d’étude des dossiers médicaux du ministère des Transports examine chaque cas pour décider si un permis sera remis en vigueur. La Section d’étude des dossiers médicaux demande un rapport à un spécialiste du diabète ainsi qu’un journal de l’autosurveillance du taux de glycémie portant sur une période de temps donnée.

Des directives sont également disponibles sur le site Web du ministère concernant les permis commerciaux.

Éducation des patients

Les éducateurs en diabétologie peuvent aider les patients à prendre la route sans danger. Les directives de l’American Diabetes Association sur le diabète et la conduite automobile (2) suggèrent d’élaborer un ensemble de questions portant sur les incidents de conduite en état d’hypoglycémie et les antécédents récents d’hypoglycémie grave.

La solution semble être d’identifier les patients qui souffrent d’hypoglycémie grave. Il semble qu’environ 20 % des diabétiques de type 1 souffrent de 80 % des épisodes d’hypoglycémie grave. Les suggestions pour ce groupe incluent ce qui suit :

a.  Mesurer la glycémie avant de conduire.

b.  Favoriser une glycémie plus élevée avant de conduire. Cela peut varier suivant la longueur du trajet et suivant que la glycémie est en augmentation ou en diminution.

c.   En cas d’hypoglycémie pendant la conduite, cesser prudemment de conduire, manger des glucides à action rapide (cela exclut les fruits).

d.  Ne pas reprendre le volant pendant au moins 45 à 60 minutes.

e.  Des cours de sensibilisation à la glycémie peuvent aider à développer l’aptitude à évaluer la glycémie et quatre études ont démontré que cela réduit la fréquence des collisions (exposé de position de l’ADA, 2012) (2). Ce programme de formation peut être dispensé sur Internet (diabetesdriving.com) (en anglais)

Sommaire

Il est difficile de savoir si un patient peut ou non conduire sans danger (4). D., mon ami au gymnase, a pris des habitudes qui lui permettent de prendre le volant sans danger. Il préfère éviter de conduire pendant deux heures après les repas car il dit que ce n’est qu’à ce moment-là que sa glycémie ne varie plus beaucoup. Il a une bonne provision de nourriture dans la voiture en cas d’urgence. Il vérifie sa glycémie toutes les deux heures. Il tient également un journal de ses sorties en voiture qui l’aide à prendre de bonnes décisions en ce qui concerne son diabète.

En sensibilisant les patients aux risques élevés associés à la conduite automobile avec le diabète, on favorisera l’amorce d’un dialogue sur cet aspect important de la vie.     
Références

  1. Kagan A, Hashemi G, Korner-Bitensky N. Diabetes and Fitness to Drive: A Systematic Review of the Evidence with a Focus on Older Drivers. Canadian Journal of Diabetes. 2010;34:233-242.
  2. American Diabetes Association. Diabetes and driving. Diabetes Care. 2012;35:supplement 1.
  3.  Songer TJ, Dorsey RR. High risk characteristics for motor vehicle crashes in persons with diabetes by age. Annu Proc Assoc Adv Automot Med. 2006;50:335-351.
  4. Redelmeier DA, Kenshole AB, Ray JG. Motor Vehicle Crashes in Diabetic Patients with Tight Glycemic Control: A Population-based Case Control Analysis. PLOS Medicine. 2009;12:e1000192
  5. Stork AD, Van Haeften TW, Veneman TF. The Decision not to drive during hypoglycemia in patients with type 1 and type 2 diabetes according to hypoglycemia awareness. Diabetes Care. 2007;30:2822-2826.
  6. Cox DJ, Ford D, Gonder-Frederick L, Clarke W, Mazze R, Weinger K, Ritterband L. Driving Mishaps Among Individuals with Type 1 Diabetes. Diabetes Care. 2009;32:2177-2180.
  7. Cox DJ, Kovatchev BP, Anderson SM, Clarke WL, Gonder-Frederick LA. Type 1 Diabetic Drivers with and without a History of Recurrent Hypoglycemia-Related Driving Mishaps. Diabetes Care. 2010;33:2430-2435.
Á propos de l'auteur

Sheila Walker RD, CDE, MEd est diététiste au Centre Sunnybrook des sciences de la santé à Toronto. Elle conseille les clients diabétiques de type 2 et les personnes à risque de développer le diabète. Atteinte de diabète de type 1 depuis 41 ans, elle est fermement convaincue des bienfaits d’un régime riche en fibres.

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